Entrevue Blackburn Podcast

Le 8 janvier dernier, j’ai eu le grand plaisir d’être l’invitée de Pierre Blackburn à son émission Blackburn Podcast réalisée par Éric Mailhot.  Nous avons discuté principalement de la situation des artistes visuels au Québec. Vous pouvez voir l’entrevue dans son intégralité ici. Merci à la Galerie Lounge TD pour nous avoir accueillis.  Les photos sont de Valérie Provost, photographe.

Portrait par Valerie Provost_2016

 

La rente d’étalement de revenu pour artiste

J’ai pris conscience de l’existence de la rente d’étalement de revenu  lors d’une formation sur la fiscalité pour les artistes en 2013.  Toute enthousiaste, je suis partie à sa recherche pour bientôt me demander si c’était pas un peu comme les extra-terrestres ou le monstre du Loch Ness…  Je n’arrivais pas à le trouver et bien sûr je n’ai pas pu accommoder mon client qui en avait besoin à ce moment.   Le produit existe et la déduction possible, mais probablement qu’il y a si peu de gens qui en connaissent l’existence et/ou qui le recherchent pour qu’on sache de quoi vous parlez lorsque vous en faites la demande.

J’ai donc mis récemment mon comptable et mon conseiller financier sur le coup, parce que je voulais en avoir le coeur net.  Eux aussi ont peiné, mais nous avons finalement trouvé!

Il est bien connu que les artistes ont en général des revenus très variables d’une année à l’autre.  Vaches maigres alternant avec vaches grasses, avec une prépondérance de vaches maigres…  Aussi, lorsque vous obtenez pour une fois des revenus dignes de ce nom au cours d’une année, vous  voulez éviter de payer un impôt trop élevé par rapport à vos revenus moyens.  Au Québec, il vous est possible d’étaler ce revenu (inhabituel pour vous) sur plusieurs années (maximum sept) en achetant une rente d’étalement du revenu provenant d’activités artistiques.

Cette mesure fiscale s’applique pour l’impôt du Québec seulement, vous devez être un artiste professionnel (selon la définition  précisée dans la Loi sur le statut de l’artiste) et votre revenu annuel net découlant de vos activités artistiques pour l’année visée doit excéder 25 000 $ en plus de votre déduction pour droits d’auteur s’il y a lieu.

Pour simplifier l’idée au maximum, disons que vous faites habituellement 25 000$ de revenus par année.  Or, cette année, vous avez fait des ventes exceptionnelles qui s’élèvent à 70 000$.  Donc, au lieu d’encaisser ce montant d’un coup et donc de payer de l’impôt sur le plein montant avec souvent un taux d’imposition supérieur, vous pouvez choisir d’acheter une rente et  vous faire verser 10 000$ par année pendant 7 ans en payant un impôt plus en phase avec vos revenus habituels.

La rente doit être acquise pendant l’année d’imposition ou dans les 60 premiers jours de l’année suivante (comme pour les REER).

Vous pouvez obtenir plus de renseignements au sujet de la rente d’étalement de revenus pour artistes sur le site de Revenu Québec.

Sans vouloir endosser une institution plutôt qu’une autre, après plusieurs recherches infructueuses, nous avons finalement trouvé ce produit financier chez Desjardins Assurances.

Crédit photo: Shi Yali

Coup de coeur : L’exposition Rock Off de Steve Lévesque à la Galerie Dentaire

Steve Lévesque fait une peinture de résistance.  Son style résolument trash, écorché et insoumis pourrait sembler lourd s’il n’était pas habillé d’une bonne dose d’humour et de fraîcheur.
Sa démarche, tant dans la technique que dans les thèmes semble s’articuler autour de l’opposition entre vie et mort, renouveau et conformisme.
Ainsi, véritables coups de poings, grimaces crasses à la face du pouvoir, certains de ses personnages  ne sont que formes brutes crées dans l’urgence.  L’expression de sentiments troubles face à la rigidité, la normalité, le pouvoir politique, l’argent, la violence, la répression.  Il y a des crânes, il y a du sang, des squelettes, tout ce dont nous sommes faits.  Même si à prime abord on pourrait  y voir une représentation de la mort, ces éléments ne reflètent-ils pas plutôt la souffrance et le désir d’êtres vivants en attente d’un regard, d’une réponse.  Un appel.  Un cri.  Pulsion de vie face à l’éventualité de la mort.  Petits êtres de chair et de sang se débattant dans un monde de morts-vivants.
Face à eux,  justement, la rigidité de personnages conformistes présentés sous une forme plus réaliste et conventionnelle.  Qu’ils portent soutanes, uniformes ou même chapeaux melons, leurs yeux sont le plus souvent biffés, barbouillés ou bandés.  Le cœur est absent, ils ne peuvent ou ne veulent pas voir.  On dirait qu’ils sont faits de carton.  Or, dans l’art comme dans la vie, ce qui ne bouge pas n’est-il pas condamné à mourir?
Par sa peinture, Steve Lévesque exprime ainsi son incroyable pulsion de vie au quotidien,  une radiographie de ce qu’il a dans les trippes… littéralement!  Ne soyez donc pas surpris d’apercevoir au détour quelques ossements ou traces de sang.  Ce n’est que la vie qui bat.  Âmes sensibles, prière de ne pas vous abstenir.  Ceci est pour vous.
L’expo est en cours jusqu’au 27 juillet.  Le vernissage aura lieu ce samedi 3 juillet de 17 h à 20 h.  C’est un événement à ne pas manquer.
Si vous voulez faire d’une pierre deux coups, vous pouvez assister à l’événement Zïlon Express le 8 juillet à la Galerie Dentaire.  Zïlon y effectuera une oeuvre en direct sur papier.  L’oeuvre sera l’objet d’un encan silencieux au profit de la Maison du Parc.
Rock Off sur facebook:
Zïlon Express :

http://zilonsonic.com/


Galerie dentaire :

Coup de coeur : Seb Astwo, quand art et politique se conjuguent.

Vendredi 25 juin 2010
J’y allais d’abord pour découvrir l’espace : le magnifique local Côté Ouest sur Saint-Laurent. Avait lieu ce soir-là le lancement du Pol-hip-hop movement avec le groupe Nomadic Massive, DJ Kobal et  Seb Astwo.
Il faisait chaud, on était bien, l’ambiance était chaleureuse, la musique franchement bonne et entrainante et le public tout sourire. Le genre de moment, même à le regarder de l’extérieur, qui nous fait croire qu’il fait bon vivre tout à coup.
Sur les murs, les oeuvres de Seb Astwo sollicitent le regard. Pol hip-hop, c’est le terme qu’il a créé pour définir son style. Pol pour politique, bien entendu. C’était déjà bien parti pour me plaire. Il définit son art comme un mélange de politique et d’art urbain.
Il photographie des morceaux de murs un peu partout dans le monde qu’il reproduit sur panneaux à l’aide de bois, de mortier et même de plexiglass, puisque des fenêtres percent parfois ces murs. Il a compris à l’instar des graffiteurs que le mur est un support privilégié pour transmettre de l’information. Le mur est accessible, gratuit et visible par tous. Il est le symbole de bien des luttes et aussi de bien des ostracismes, qu’on pense au mur de Berlin ou au mur de Gaza. Ses oeuvres sont donc comme des morceaux de murs auxquels on a enlevé leur fonction architecturale pour ne garder que leur fonction de support à l’expression. Sur ses murs, il transpose donc un mélange d’images et de mots dans un style pop et urbain, mais chargé d’informations. Il y est question de guerre, de grands problèmes sociaux, mais jamais sur un ton agressif ou vindicatif. Il espère simplement faire réfléchir et ouvrir le débat.
Un jeune artiste sensible et articulé dont j’aurai envie de suivre l’évolution.
Le vernissage a lieu demain, 29 juin,  de 18 h à 23 h chez Côté Ouest, 5330, boulevard à Montréal (514) 278-3047.
Faites vite, l’exposition ne dure que quelques jours!
Pour un aperçu de la démarche de Astwo, consultez le site http://astwo.com/