Entrevue Blackburn Podcast

Le 8 janvier dernier, j’ai eu le grand plaisir d’être l’invitée de Pierre Blackburn à son émission Blackburn Podcast réalisée par Éric Mailhot.  Nous avons discuté principalement de la situation des artistes visuels au Québec. Vous pouvez voir l’entrevue dans son intégralité ici. Merci à la Galerie Lounge TD pour nous avoir accueillis.  Les photos sont de Valérie Provost, photographe.

Portrait par Valerie Provost_2016

 

Encans bénéfices d’oeuvres d’art: ce qu’il faut savoir

Beaucoup d’artistes sont sollicités pour participer à des encans d’oeuvres d’art au profit d’organismes ou de causes qui leur tiennent à coeur.  J’en parlais plus tôt ici.  Aussi, de plus en plus d’artistes organisent leurs propres événements pour amasser des fonds.  Que vous participiez à un encan bénéfice en tant qu’artiste donateur ou si vous voulez vous-même en organiser un, il y a des informations essentielles à savoir et des contraintes à respecter.  Le texte est orienté en fonction d’un encan crié, mais  plusieurs points discutés s’appliquent aussi aux encans silencieux et certains aux ventes à prix fixe.

Tout d’abord, il est important d’être conscient de l’impact qu’on les encans sur le marché de l’art en général et sur vos propres ventes.  Les encans ont été en ce sens largement critiqués dans les dernières années et certaines de ces critiques sont fondées.  Vous pourrez prendre conscience d’un article détaillé à ce sujet ici.  On devrait s’attendre, lorsqu’il s’agit d’une cause louable, que les enchères montent au moins jusqu’au niveau de la juste valeur du marché des oeuvres offertes.  Or, c’est loin d’être toujours le cas.  À cause de règles déficientes, d’un commissaire-priseur sans dynamisme ou tout simplement parce qu’il n’y a pas assez de collectionneurs intéressés pour faire monter les enchères, il arrive souvent que les oeuvres offertes trouvent preneurs à des prix bien en-deçà de leur valeur réelle.  Cette situation aura un effet plus ou moins néfaste sur le prix des oeuvres en général.  Ainsi, si vous participez à plusieurs de ces encans en cours d’année, sachez que vos collectionneurs le savent et choisiront peut-être d’attendre une telle occasion pour faire leur prochaine acquisition.  Il est donc important de choisir parcimonieusement les causes que vous désirez appuyer en choisissant préférablement les organismes de bienveillance reconnus.  Nous verrons pourquoi un peu plus loin.  Les organisateurs d’encans, les artistes et les collectionneurs ont chacun leur part de responsabilité dans ce problème et doivent en être conscients.

Les impératifs:

  • Un budget à frais nuls ou réduits au maximum:  Il est clair que l’objectif étant d’amasser des fonds, l’argent recueilli devrait le moins possible servir à rembourser les frais encourus pour l’organisation de l’événement.  Vous devez recourir le plus possible à la commandite et au bénévolat pour tous vos frais: location de la salle, équipement, promotion, main d’oeuvre. Vous devrez le plus souvent planifier votre financement plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant la tenue de votre événement.
  • Un contrat avec chaque artiste spécifiant les conditions du don.
  • Une promotion adéquate:  Pour faire lever les enchères, vous devez avoir un maximum d’acheteurs intéressés dans la salle.  Les artistes et leur diffuseurs habituels (galeries) peuvent être mis à profit.
  • Des oeuvres convoitées et un public d’acheteurs bien ciblé.
  • Un commissaire-priseur d’expérience, dynamique et consciencieux.
  • Un système de paiement et d’emballage des oeuvres rapide et efficace.
  • Des règles claires et bien comprises par tous.  Idéalement, vous devriez les rendre disponibles par écrit.

Les règles et le fonctionnement de l’encan:

L’enregistrement des participants.  Il est important d’inscrire chaque participant et prendre en note ses coordonnées pour bien suivre les enchères.  Gardez le processus le plus simple possible.  Donnez la chance aux gens de s’inscrire tout au long de l’événement.  Après la vente de chaque lot, vous aurez les informations de base nécessaires en main pour la préparation  des factures.

La nécessité d’enregistrer les enchères:  Tout au long de l’encan, vous devez avoir une ou plusieurs personnes qui prennent en note les numéros de chaque enchérisseur.  Ainsi, si un acheteur auquel un lot a été adjugé quitte ou se désiste, vous pourrez retracer la dernière personne à avoir misé.

Le prix de départ:  Pour inciter les mises, le prix de départ est important.  Il doit être ni trop haut pour décourager, ni trop bas par rapport à la valeur réelle.  Votre défi est de faire monter l’enchère le plus haut possible. Psychologiquement, quelqu’un qui est encouragé par une mise de départ qui lui est accessible sera tenté de continuer à miser pour obtenir l’oeuvre convoitée.

Le prix de réserve:  Le prix de réserve est particulièrement important dans la relation entre l’artiste et les organisateurs de l’encan et permet que le prix de l’oeuvre ne descende pas en-dessous du minimum jugé acceptable pour l’artiste.  Si les enchères n’atteignent pas le prix de réserve, l’oeuvre est retirée de l’encan.  Il peut être convenu de remettre l’oeuvre à l’enchère à la fin de l’encan, mais encore une fois, les enchères devront atteindre le prix plancher pour que l’oeuvre soit adjugée. Les parties doivent également s’entendre sur ce qui adviendra de l’oeuvre si elle n’est pas vendue.  Reste-t’elle auprès de l’organisme ou est-elle retournée à l’artiste? Qui paiera les frais d’emballage et de transport si l’oeuvre doit être retournée?  Il peut arriver que les organisateurs d’un encan choisissent de ne pas mettre de prix de réserve.  Il est très important d’en convenir à l’avance.

Les reçus d’impôt:

Seuls les organismes de charité reconnus peuvent émettre des reçus d’impôt pour vos dons.  Vous pouvez vérifier la Liste des organismes de bienfaisance sur le site de l’Agence du revenu du Canada.

Vous aurez compris qu’aucun reçu d’impôt ne peut être émis lorsque l’encan n’est pas au profit d’un organisme de bienfaisance.  Qui plus est, un tel don pourrait être considéré comme un revenu à l’égard de l’impôt.  En effet, si une oeuvre est créée dans l’intention de la vendre et qu’elle est donnée à une personne ou un organisme non reconnu, le don est considéré comme une vente et devra être ajouté au calcul du revenu de l’artiste. Si vous donnez souvent au cours de l’année, cette information est importante à considérer.  Vérifiez donc toujours cette information avant de vous engager.

Le reçu émis à l’artiste:

Le reçu émis à l’artiste doit être fait au montant du don, soit la juste valeur au marché de l’oeuvre (et non pas la valeur adjugée à l’encan).  Il n’est émis que lorsque le don est entier et que l’artiste ne participe pas au profit de la vente.  Ce qui signifie que si l’organisme vous offre la possibilité de récolter un pourcentage du prix de la vente, vous ne pourrez réclamer de reçu d’impôt pour votre don.  L’organisme qui émet le reçu doit répondre à certaines exigences de la part de l’Agence du revenu du Canada quant à l’exactitude du montant du don.  Ainsi, il peut être demandé à l’artiste de fournir une preuve de la valeur (le plus souvent, une facture antérieure pour une oeuvre semblable ou un certificat d’évaluation).  Dans le cas des oeuvres d’une valeur moindre à 1000$, une facture antérieure sera suffisante.  Par contre, dans le cas d’oeuvres à valeurs plus élevées, un certificat d’évaluation peut être exigé.  Le cas échéant, il est préférable de s’entendre sur qui devra défrayer les frais d’évaluation qui peuvent s’avérer élevés.

Le reçu émis à l’acheteur:

Lorsqu’il achète une oeuvre à l’encan, le collectionneur ne fait pas un don, puisqu’il obtient quelque chose en contrepartie.  Par contre, si l’oeuvre est payée plus cher que la juste valeur du marché et que l’acheteur avait été clairement avisé de cette valeur, le montant payé en surplus devient un don.  Par exemple, une oeuvre évaluée à 500$ est adjugée à 600$.  L’acheteur qui conscient qu’il paie 100$ de plus que la valeur de l’oeuvre, se trouve à faire un don de 100$ à l’organisme et pourra ainsi réclamer un reçu équivalent à ce montant.

Commentaires ou questions spécifiques?  N’hésitez pas à m’en faire part en commentaires.

Signez ici : La compréhension des contrats comme élément essentiel de votre boîte à outils.

"Le contrat", Jean-Honré Fragonard, 1792

« Le contrat », Jean-Honré Fragonard, 1792

Dans ma pratique, je vois souvent des artistes hésiter et même refuser de signer les contrats qu’on leur propose, pas nécessairement parce ces contrats sont mauvais, mais parce que c’est le principe même du contrat qui pour eux cause problème. Je me suis souvent dit que ces personnes doivent être particulièrement sensibles à ce que le contrat représente dans sa conception étroite : quelque chose d’engageant et de contraignant, quelque chose que si nous comprenons mal risque de nous piéger, quelque chose qui remplace la confiance et la bonne foi auxquelles nous aimons tellement croire. Il y a peut-être derrière cette attitude un peu aussi de manque de confiance en soi, de sa capacité à négocier, de peur de soulever des problèmes qui ne surviendront peut-être pas, peur de susciter une discorde qui risque de miner l’entente elle-même. On aime mieux s’en remettre à la chance et se convaincre que tout ira bien.

Or, s’il est possible d’être dupé par un mauvais contrat, l’absence de contrat peut aussi souvent s’avérer nuisible.

Exiger un contrat ce n’est pas un manque de confiance envers l’autre contractant. Ce peut être une façon de dire que vous estimez suffisamment la relation pour la protéger des brouilles pouvant résulter d’une mauvaise compréhension de l’entente que vous avez conclu ensemble. En proposant un contrat, vous faites preuve de votre professionnalisme. Vous indiquez clairement que vous connaissez vos droits et que vous défendez vos intérêts et cela peut très bien se faire dans le respect de votre interlocuteur.

Hormis quelques cas particuliers, il n’est pas nécessaire de faire rédiger le contrat par un avocat ou une avocate. Sachez cependant que lorsque les enjeux sont grands pour vous, vous avez tout intérêt à consulter un ou une professionnel-le avant de vous engager. Sachez aussi qu’il y a plusieurs spécialités au droit et ne vous laissez pas impressionner si une galerie vous dit que son contrat a été rédigé par un avocat. D’ailleurs, les diffuseurs vous présenteront presque toujours des contrats qui les avantagent, sans nécessairement être abusifs. Il est important d’avoir en tête les éléments que vous voulez y voir paraître pour que la négociation se fasse de façon équitable. Plus vous serez confrontés à des types de contrats différents, plus vous serez à même de juger ce qui vous convient ou convient moins.

Voici donc quelques outils qui je l’espère, contribueront à démystifier le contrat.

Il y a plusieurs situations pour lesquelles un ou un artiste pourrait proposer ou se faire proposer un contrat: exposition, consignation d’oeuvres, performance, reproduction, etc. Chaque contrat devrait être adapté à la situation particulière, mais certains éléments sont communs à tous.

Premièrement, en général, un contrat n’a pas besoin d’être écrit. Selon le Code Civil du Québec, une entente verbale peut très bien constituer un contrat. Par contre, en cas de litige, ce sera la parole de l’un contre la parole de l’autre. Le contrat écrit aide à clarifier ce qui avait été convenu au départ et les conditions de cette entente.

Toutefois, dans le cas particulier d’une entente entre un artiste professionnel et un diffuseur, la Loi sur le statut de l’artiste professionnel (Loi 78) précise que le contrat doit être écrit. Si bien que s’il y a absence de contrat écrit, votre entente pourrait être considérée n’avoir jamais eu lieu. Si vous êtes artiste professionnel, vous avez donc intérêt à vous y attarder. Nous y reviendrons plus loin.

Deuxièmement, le contrat doit être valide et le Code Civil du Québec définit les critères pour qu’il soit considéré comme tel.

La validité du contrat:

En général, pour qu’un contrat soit valide, il faut 3 choses :

Un consentement. Ça peut paraître évident, mais ce doit être clair que les parties consentent aux termes de l’entente. Dans le cas d’un contrat écrit, la signature peut en faire preuve.

Les parties doivent être aptes à contracter. Certaines personnes ne sont pas aptes à contracter par elles-mêmes (si elles sont placées sous tutelle, par exemple). De plus, pour engager la vente d’oeuvres ou de la cession des droits d’auteur sur celles-ci, vous devez en être propriétaire.

Le contrat doit avoir un objet, c’est-à-dire qu’il doit énoncer la nature de l’entente (vente d’un bien ou d’un service en échange d’une contrepartie, par exemple).

Lorsqu’on est confronté à la lecture d’un contrat la première fois, on ne sait pas trop ce qu’il faut y chercher et y reconnaître. Voici donc une petite liste des éléments constitutifs des contrats.

Les éléments constitutifs du contrat :

Titre (il permet de définir mieux l’objet du contrat).

Date et lieu de signature.

Identification des parties.

Droits et obligations des parties.

Entrée en vigueur du contrat.

Durée du contrat.

Fin du contrat (hormis la date, ce peut être aussi les circonstances pouvant y mettre fin, par exemple, la faillite du diffuseur ou l’omission d’une des deux parties de répondre de ses obligations).

Mode de règlement des conflits.

Signature et initiales à chaque page. La signature confirme le consentement hors de tout doute. Les initiales au bas de chaque page montrent qu’il n’y a pas eu d’ajout possible après la signature. Il est important d’initialer pour les mêmes raisons lorsqu’on fait des ratures ou qu’on corrige le contrat à la main, question de confirmer que les parties ont consenti à ces modifications.

(Source : Fondation du barreau du Québec, Vos droits, vos affaires, vol.4)

Les conditions qui régissent les contrats entre artiste professionnel et diffuseur selon la Loi sur le statut de l’artiste professionnel.

Nous avons vu plus haut que la Loi sur le statut de l’artiste professionnel exige que les contrats entre artistes soient écrits. (Ils doivent également être signés en deux copies). La Loi instaure ainsi une exception au Code Civil du Québec qui prévoit pourtant que les contrats peuvent être faits verbalement entre deux parties. De plus, la Loi 78 impose la présence de certaines clauses au contrat.   Les diffuseurs, du fait que les artistes ont besoin de leurs services pour faire connaître et commercialiser leur travail, pourraient avoir l’avantage d’imposer les conditions qui leur convient dans leurs ententes avec les artistes. Les artistes ont le plus souvent un statut économique précaire. Le législateur a donc imposé ces exceptions aux règles qui régissent habituellement les contrats pour permettre un rapport plus égalitaire entre diffuseurs et artistes.

Il est à noter que la Loi 78 s’applique aux artistes professionnels seulement. Par contre, même si vous n’avez pas encore ce statut et que la Loi 78 n’oblige pas votre diffuseur, vous pouvez quand même vous en inspirer pour la négociation de vos contrats et je vous le conseille fortement.

Est considéré artiste professionnel (au sens de la Loi) :

L’artiste qui se déclare lui-même artiste professionnel, qui crée des oeuvres pour son propre compte, dont les oeuvres sont exposées, produites, publiées, représentées en public ou mises en marché par un diffuseur. Il a reçu de ses pairs des témoignages de reconnaissance comme professionnel, par une mention d’honneur, une récompense, un prix, une bourse, une nomination à un jury, la sélection à un salon ou tout autre moyen de même nature.

Est aussi présumé artiste professionnel l’artiste qui est membre du RAAV (organisation reconnue pour représenter les artistes par le gouvernement du Québec).

(Voir le texte de loi, section 1 – Le statut de l’artiste professionnel).

De plus, ces exceptions pourraient ne pas s’appliquer si le contrat est signé par un agent, un professionnel ou une société de gestion de droits agissant au nom de l’artiste, puisqu’ils sont sensés négocier à armes égales avec le diffuseur.

Les clauses obligatoires dans un contrat impliquant un artiste professionnel et un diffuseur:

« 1. la nature du contrat ;

2. l’oeuvre ou l’ensemble d’oeuvres qui en est l’objet ;

3. toute cession de droit et tout octroi de licence consentis par l’artiste, les fins, la durée ou le mode de détermination de la durée et l’étendue territoriale pour lesquels le droit est cédé et la licence octroyée, ainsi que toute cession de droit de propriété ou d’utilisation de l’oeuvre ;

4. la transférabilité ou la non transférabilité à des tiers de toute licence octroyée au diffuseur ;

5. la contrepartie monétaire due à l’artiste ainsi que les délais et autres modalités de paiement ;

6. la périodicité selon laquelle le diffuseur rend compte à l’artiste des opérations relatives à toute oeuvre visée par le contrat et à l’égard de laquelle une contrepartie monétaire demeure due après la signature du contrat. »

 (*source: Georges Azzaria et Normand Tamaro, « Le droit et les contrats en arts visuels au Québec, RAAV, 2001)

 À surveiller:

La durée du contrat

Plusieurs points sont à surveiller pour les artistes. Si vous engagez une nouvelle entente avec une galerie, vous voudrez peut-être limiter la durée, à un an par exemple, afin de voir si l’entente vous sera satisfaisante.  La galerie qui s’apprête à investir dans la promotion de votre carrière, essaiera probablement de vous offrir 2, 3 ou 5 ans… À vous de voir.

L’exclusivité

L’exclusivité est précieuse et ne devrait pas être cédée à la légère. Cédez seulement pour le territoire sur lequel la galerie a vraiment le pouvoir de faire une différence pour vous. Si la galerie vous demande l’exclusivité pour toute l’Amérique du Nord, vérifiez qu’elle a bien et bien des contacts pour vous promouvoir sur ce territoire en entier, sinon, il peut être plus avantageux de céder votre représentation à un autre diffuseur pour des territoires plus éloignés.

Les clauses financières de l’entente : Pourcentage de commission, délais de paiement et modes de versements des sommes dues, fréquences des rapports de redevances dans le cas d’un contrat de galerie. Vous devriez toujours être en mesure de vérifier l’état des ventes ainsi que les sommes qui vous sont versées en fonction de vos ventes totales.

La question du droit d’auteur :

Que ce soit pour la vente, la consignation ou pour une performance, l’œuvre et les droits qui y sont associés sont deux éléments distincts. Vous pouvez autoriser la reproduction d’une ou de plusieurs œuvres pour la promotion d’un événement, selon certaines conditions (nombre d’exemplaires et type de diffusion). Les reproductions à des fins de vente (comme giclées, sérigraphies et autres) devraient faire l’objet d’une entente séparée. Le contrat devrait définir le type de reproduction autorisée, le nombre d’exemplaires et dans certains cas, la durée sera aussi importante.

Pour une performance, vous n’avez pas nécessairement à céder vos droits sur l’œuvre produite au diffuseur. Cette demande n’a souvent comme motif que la diffusion à des fins de promotion. Vous pouvez autorisez ces diffusions sans pour autant céder vos droits de façon définitive. Vous voudrez peut-être vous y garder l’accès pour le présent et même pour le futur.

Finalement, ne cédez jamais, au grand jamais, l’ensemble de vos droits d’auteur à un tiers.

Voici un exemple tiré d’un contrat qu’on m’a déjà soumis pour examen. Je fais un accroc volontaire au respect du droit d’auteur en ne dévoilant pas la source, pour des raisons évidentes. Je vous laisse juger par vous-mêmes.

« Cession de droit.

-L’Artiste, par les présentes, cède à X le droit de propriété sur (nombre) Oeuvres ainsi que les Droits d’auteur sur lesdites Oeuvres dans le monde entier et pour la durée légale des Droits d’auteur sur les Oeuvres;

-Il est entendu que la cession du Droit de propriété et des Droits d’auteur sur chaque Oeuvre prend effet de plein droit au moment de la réalisation de l’Oeuvre;

-L’Artiste a l’obligation de proposer en exclusivité à X toutes les Oeuvres qui sont ou seront réalisées à partir de la date du présent contrat. »

Vous avez le droit, même le devoir à mon humble avis, de rejeter de telles clauses.

Pour vous aider, il existe des contrats modèles dont vous pouvez vous inspirer. Le RAAV offre à ses membres des exemples de contrats, adaptés aux différentes situations qu’il vous sera possible de rencontrer pendant votre carrière. Certains contrats sont disponibles à tous sur leur site internet. Le document complet « Le droit et les contrats en arts visuels au Québec » est disponible pour les membres seulement au coût de 10$ et il vaut son pesant d’or.

Note : Je ne suis pas une professionnelle du droit. Il est fortement suggéré de s’adresser à un avocat ou une avocate spécialisé-e en cas de doute ou de litige concernant vos ententes. Dans bien des cas, l’investissement en vaut vraiment la chandelle.

Sources:

LOI SUR LE STATUT PROFESSIONNEL DES ARTISTES DES ARTS VISUELS, DES MÉTIERS D’ART ET DE LA LITTÉRATURE ET SUR LEURS CONTRATS AVEC LES DIFFUSEURS

http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/S_32_01/S32_01.html

La fondation du Barreau du Québec, Vos droits, vos affaires, no.4

http://www.fondationdubarreau.qc.ca/pdf/publication/vosdroitsvosaffaires4.pdf

Georges Azzaria et Normand Tamaro, Le droit et les contrats en arts visuels au Québec, RAAV, 2001

L’agent ne fait pas le bonheur

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Nombreux sont les artistes de tous les domaines qui espèrent un jour être « découverts » par quelqu’un qui reconnaîtra enfin leur talent et leur garantira la réussite et le succès.

J’ai le regret de vous annoncer que ça ne vous arrivera probablement jamais.

Même dans le merveilleux monde du showbiz, où on dépense beaucoup de salive et d’encre à vous faire croire à ces histoires de Cendrillon, ce n’est souvent qu’un prétexte pour vous émouvoir et vous faire acheter ce qu’on vous propose.

Ce qu’il faut pour réussir, c’est d’abord bien sûr un minimum de talent, mais surtout beaucoup, beaucoup de travail, une bonne dose de courage.
Vous ne serez pas sauvés par qui que ce soit. Vous êtes responsable de votre propre succès, même si vous avez un agent, même si vous avez une bonne galerie. Attendre que quelqu’un vous sauve, c’est une fausse excuse pour expliquer vos difficultés qui sont en tout point normales.

Parlons des vraies choses, voulez-vous?
Selon une étude menée par Hills Stratégies en 2010, le revenu net moyen des artistes visuels au Québec se situait autour de 2 100 $ par an.  Un agent gagne normalement entre 10 % et 25 % de vos revenus bruts de création, selon les tâches qu’il s’est engagé à prendre. Faites vos propres calculs. Vous devez donc quand même déjà gagner un minimum pour qu’un agent rétribué à commission puisse considérer le projet viable. 
Un agent aurait dans ses conditions à représenter plusieurs artistes en même temps, ce qui peut l’empêcher de bien faire son travail.  Cela ne veut pas dire qu’il ou elle ne trouve pas votre travail intéressant.  Il ou elle se tournera alors vers un artiste qui a déjà un revenu de création intéressant ou vous proposera un tarif à l’heure ou forfaitaire.

Qu’est-ce que vous attendez d’un agent ou d’une agente? (À part un miracle, on s’entend…)
Beaucoup d’artistes m’approchent avec une idée très peu précise de leurs besoins. Aidez-moi, croyez en moi, c’est ce qui principalement résume leur demande. Je crois en vous. Le problème n’est pas là. Votre premier réflexe devrait être d’analyser votre situation par rapport au marché. Vous avez produit un corpus d’oeuvres. Savez-vous quel public sera susceptible de s’y intéresser? Avez-vous réfléchi à la meilleure façon de faire connaître votre travail et le mettre en marché? Avez-vous un propos qui risque d’intéresser les médias? Comment voyez-vous la suite pour vous? Où vous imaginez-vous dans 10 ou 20 ans? Que voulez-vous vraiment accomplir? Qu’est-ce qui est synonyme de succès pour vous (la reconnaissance ou les revenus)? Comment croyez-vous pouvoir financer votre pratique en attendant qu’elle soit rentable? À quel niveau avez-vous VRAIMENT besoin d’une aide extérieure?
Plusieurs artistes, par exemple, ont leur propre site internet transactionnel ou font affaire avec une ou plusieurs galeries virtuelles. Ils participent régulièrement à des expositions collectives, des symposiums, etc. Ils diffusent abondamment et intelligemment leur travail sur les médias sociaux et réussissent à se bâtir une certaine clientèle.
Or, un de ces artistes pourrait vouloir organiser une exposition solo par lui-même, trouver une galerie permanente pour ses oeuvres, développer le marché international, travailler à sa visibilité dans les médias. Ce sont là des objectifs clairs et définis pour lesquels il pourrait avoir besoin d’une aide extérieure.

Comment choisir un agent ou une agente :
Si vous considérez que vous générez assez de revenus ou que vous disposez des fonds nécessaires pour vous prévaloir des services d’un agent, quels sont les critères à considérer afin de choisir la bonne personne?
Les agents d’artistes en arts visuels sont relativement peu nombreux et sont donc très sollicités. Il est important de dire que le métier dans le contexte spécifique des arts visuels n’est enseigné formellement nulle part au Québec à ce que je sache. Il n’existe pas d’ordre professionnel non plus. N’importe qui peut se réclamer agent et il importe donc de vérifier les compétences de la personne selon la tâche qu’on lui demandera d’accomplir.
Certains agents se contenteront de vous trouver une galerie (ce qui est déjà beaucoup) et pourront réclamer une commission sur l’ensemble de vos ventes futures à cette galerie.
Certains s’occuperont aussi de la gestion de vos droits d’auteur (le cas échéant), de vos relations de presse, de votre comptabilité, de l’organisation de vos événements, de votre agenda, etc.  Tout se paie et la commission ou le salaire que vous versez à votre agent devrait refléter le travail accompli. Il est aussi possible de recourir à certains services ponctuels (relations de presse et organisation d’une exposition par exemple) moyennant une somme forfaitaire. Soyez donc conscients de vos besoins et négociez les tarifs en conséquence.
Finalement, un artiste ne peut choisir un agent, et un agent un artiste, selon des critères purement commerciaux, comme ce serait le cas pour toute autre relation d’affaires. Il s’agit souvent d’une relation très proche et c’est pourquoi certains artistes choisiront quelqu’un de leur entourage immédiat pour la tâche. La relation exige en effet une très grande confiance de part et d’autre, de la complicité, de la transparence, une vision et un engagement partagés.
Si vous avez trouvé votre perle rare, il est toujours préférable de se munir d’un contrat afin que les droits, devoirs et obligations de chaque partie soient bien définis en cas de litige.

Comment présenter votre travail à un agent ou une agente?
N’oubliez pas que ce que vous sollicitez est une relation d’affaires et il y a une certaine éthique à respecter à cet égard, comme pour tout autre contexte similaire.   Premièrement, il est poli de demander si la personne sollicite une nouvelle clientèle, ce qui n’est pas toujours le cas.
Des tactiques du type simple message qui dit seulement « toi et moi nous sommes faits l’un pour l’autre » accompagné d’une adresse web peuvent sembler louches et donner   la vague impression d’un soir de déprime sur Réseau-Contact.
Ce n’est pas parce qu’une personne a accepté votre demande sur un réseau social qu’elle se précipite pour aller voir votre portefolio en ligne.  
Sollicitez un agent de la même manière que vous solliciteriez un employeur. Soyez conscient que la personne que vous contactez a probablement un horaire chargé et qu’elle est sollicitée à maintes reprises par des personnes souvent aussi talentueuses et motivées que vous. Soyez clairs, soyez précis. Présentez-vous et exprimez clairement ce que vous voulez. Ne demandez pas à l’agent d’avoir à vous chercher pour voir votre travail. Fournissez des liens directs ou des photos et des informations précises et succinctes qui n’auront pas besoin d’être téléchargées au préalable. Le courriel sera le moyen de transmission privilégié, car il permettra à la personne de regarder au moment qui lui conviendra. Si vous devez absolument utiliser le téléphone, respectez les heures normales d’affaires. Finalement, si vous êtes à la recherche d’une association à long terme, essayez de voir si l’agent en question semble avoir des affinités avec vous, par le biais des projets qu’il ou elle a réalisés et par le biais des artistes qu’il ou elle représente. 

Quelles sont vos alternatives?
Comme je le mentionnais au début, peu d’artistes auront au cours de leur vie à se prévaloir des services d’un agent ou d’une agente. L’important, que vous ayez un agent ou non, est d’être en contrôle de votre carrière et d’avoir des objectifs relativement clairs. Informez-vous, soyez en contact avec d’autres artistes, galeristes et professionnels des arts visuels. Construisez-vous une banque de contacts. Il y a aussi des formations qui ont pour but de vous aider à mieux porter tous les chapeaux requis pour le métier et vous pouvez toujours avoir recours à de l’aider professionnelle ponctuelle. Bref, prenez votre destin en main. N’attendez pas d’être sauvés. Le métier d’artiste est un métier difficile, mais pour qui a le feu sacré, il a beaucoup à offrir.

Photo: Chapoleone, 2014

Tendre poison.

Je peins à l’huile.  Ou plutôt je peignais.  Il y a une dizaine d’années, voulant renouer avec ma pratique, j’ai enligné, semaine après semaine, de longues heures heureuses de peinture, dans mon petit salon transformé en atelier au milieu d’enfants qui jouent, entre les brassées de lavage et les  repas à préparer.  J’étais loin de me douter des dangers que pouvait représenter mon art pour ma santé.  Pourtant, quelques années auparavant, une de mes amies a été prise d’un mal étrange.  Des journées de 15 heures dans un laboratoire photo mal ventilé à bouffer son petit sandwich avec des doigts ayant trempé dans les produits de développement lui auront fait frôler la mort.  Elle s’en est sortie avec un oeil décoloré et un tremblement chronique des mains qui l’ont privé de sa motricité fine et une intolérance sévère aux phénols.  J’ai à mon tour été prise de migraines violentes, d’étourdissements et de nausées et de vomissements de plus en plus fréquents, jusqu’à me clouer au lit presque un jour sur deux.  Aucun médecin ne semblait comprendre mon mal.  Il aura fallu plus d’un an pour qu’un spécialiste soupçonne une intoxication aux solvants et une hypersensibilité à tout produit volatil comme résultat.  Une combinaison probable de taltine et de produits ménagers serait en cause, malgré cette fenêtre toujours entrouverte dans l’atelier.  La taltine est moins dangereuse que la térébenthine, mais plus traître parce que sans odeur.  Ce sont là bien sûr des extrêmes, mais probables.   C’est en vaporisant un vernis sur un dessin que Frederic Back a perdu l’usage de son oeil droit.

Il ne s’agit pas de s’alarmer, mais de prendre conscience.  Les artistes manipulent des produits qui sont soumis à des règles de sécurité strictes dans d’autres industries.  Pourtant, peu en sont réellement conscients et prennent la chose au sérieux.  C’était mon cas.  Connaître les dangers et les moyens simples et efficaces de les prévenir devrait être la priorité de chacun et chacune.  Surtout lorsqu’on travaille à la maison.  Sachez que les animaux domestiques et les jeunes enfants sont plus vulnérables que vous.  Personne n’a les moyens de perdre sa santé au travail et je suis convaincue que 99,9 % d’entre vous ne cotisent pas à la CSST non plus!

Plusieurs produits que vous utilisez régulièrement à l’atelier peuvent vous rendre très malade si vous n’y portez pas attention.  Ces produits vous les inhalez en poussières fines, vous les ingurgitez sans vous en rendre compte en mettant le manche de votre pinceau dans votre bouche par exemple ou en traînant vos poussières à la cuisine.  Vous trempez vos mains dedans et les absorbez par la peau.  C’est sans compter les risques d’inflammabilité.

Voici quelques exemples :

Les pigments :

Les pigments en poudre par leur légèreté peuvent être inhalés ou ingérés par accident très aisément.  Ces pigments se retrouvent aussi dans la peinture, tant à l’huile qu’à l’acrylique ainsi que dans certains gouaches et encres de couleur.  Les ingrédients dont il faut se méfier sont le plomb, le cadmium, le cobalt et le manganèse.

Vérifiez les ingrédients et au besoin, demandez des détails à votre détaillant et si nécessaire, vous pouvez également demander la fiche signalétique du produit au fabricant.  Rassurez-vous, ce n’est pas parce qu’il y a les mots cadmium ou cobalt dans le nom de la couleur que le produit en contient nécessairement.  De nos jours, plusieurs des pigments les plus toxiques ont été remplacés par d’autres, plus sécuritaires, qui imitent la couleur d’origine, mais il vaut toujours mieux s’informer.

Les peintures acryliques et à l’huile :

En plus des pigments, les deux types de peinture contiennent des solvants.  Dans le cas de l’huile, les solvants sont aussi utilisés pour diluer ou nettoyer.

Les solvants :

La plupart des solvants sont absorbés par la peau et peuvent aussi causer des irritations.  Leur inhalation peut entraîner des problèmes sévères allant jusqu’aux dommages cérébraux et au coma en très forte concentration.  L’ingestion peut quant à elle entraîner la mort.  Les résines naturelles et l’encaustique représentent aussi certains dangers et les solvants aux agrumes ne seraient pas plus sécuritaires que les solvants à base de pin.

Les « cacannes » :

Pour les produits pulvérisés soit en bombe ou avec un airbrush, les risques d’inhalation de particules sont assez élevés pour justifier l’utilisation d’un masque en tout temps.  Cela inclut aussi et surtout les fixatifs en aérosol, qu’ils soient retouchables ou permanents, qui contiennent en plus des solvants, des particules de plastique.

Pour ce qui est du dessin, maintenant.  Le fusain est en quelque sorte du charbon de bois.  Il n’est pas toxique en tant que tel, mais une inhalation importante peut causer des irritations pulmonaires.  Les pastels secs quant à eux sont beaucoup moins innocents à cause des pigments qu’ils contiennent. Encore une fois, le plomb et le cadmium sont en cause.  Pour ma part, j’utilise toujours un masque à poussières.  Les pastels à l’huile seraient moins dangereux du fait qu’ils ne libèrent pas de poussière inhalables.  Ne les mettez pas dans votre bouche par inadvertance par contre.  Les émanations de certains marqueurs (feutres) à base de solvants, dont le xylène, sont aussi très toxiques.  Il est préférable d’utiliser, lorsque possible, des marqueurs à base d’eau ou travailler dans un endroit bien ventilé.

La sculpture sur pierre ou sur bois comporte aussi certains risques liés à la poussière (certaines pierres entre autres contiennent de l’amiante), aux vibrations des outils et au bruit.  Le développement de photos traditionnel ainsi que la gravure comportent aussi des risques d’intoxication importants liés aux produits utilisés.

Travaillez toujours dans un endroit bien ventilé.  Autant que faire se peut, portez des gants lorsque vous travaillez avec les peintures, vernis, liants et solvants, pigments…  Lavez vos mains avant de boire, manger, fumer.  Laver avec un linge humide toutes les surfaces couvertes de particules.  Portez un masque à poussière ou un masque à émanations lorsque justifié.  Nos artistes, on les aime en vie.

Si vous planifiez l’achat d’équipement lié à l’amélioration de la sécurité dans votre atelier, je vous rappelle que vous pouvez demander une subvention de la SODEC à cet effet.  J’en parlais précédemment ici.

La plupart des informations contenues dans ce texte ont été glanées dans ces documents que vous pouvez consulter en ligne : Art Safety Training Guide de l’Université de Princeton,  Health Hazards and Safety Tips for Artists de la CARFAC et le Guide d’utilisation des produits contrôlés dans les arts visuels de l’Université d’Ottawa.

À consulter aussi ce tableau des risques par type de produit, Health and safety in the arts.

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Charité bien ordonnée.

Ferdinand Pire Ferdinand
« Les folles Enchères », 90cm x 70cm
Huile sur verre églomisé, 1995
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Voici revenu le temps de décembre, le temps du partage.  Donner fait du bien.  Autant à celui qui donne qu’à celui qui reçoit.  Le partage est un des gestes essentiels à l’établissement d’un monde meilleur.
Les artistes, bien que plusieurs soient peu fortunés, sont très sollicités pour contribuer à toutes sortes de causes et ce, tout  au long de l’année, souvent par le don d’une ou plusieurs oeuvres à être mises à l’encan.  Beaucoup d’artistes acceptent de bon coeur, mais parfois à tort et à travers. Je me suis donc demandé ce à quoi il fallait réfléchir pour faire aller un peu plus loin nos petits ou grands dons d’oeuvres d’art.
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J’ai assisté cette année à quelques encans au profit d’organismes tous louables.  Certains de ces encans, certains, mais pas tous,  m’ont toutefois laissé un goût amer dans la bouche.  Les acheteurs y sont en principe pour encourager une cause qui leur tient à coeur et par le fait même, pouvoir y acquérir une oeuvre d’un artiste qu’ils apprécient.  Puisqu’on y est pour soutenir une cause, l’objectif devrait être que les oeuvres se vendent au plus fort prix possible.  On pourrait se permettre de croire même à un prix plus élevé qu’à l’habitude.  Or, ce que je constate, c’est que certains encans sont devenus une sorte de vente à rabais d’oeuvres d’art.  L’occasion de se procurer le coup de coeur à une fraction du prix habituel.  Qui est vraiment le mieux servi dans cet exercice?  Ni l’artiste, ni la cause, mais vraisemblablement le collectionneur.  À qui ferez-vous le cadeau de votre art cette année?
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Donner c’est bien.  Donner intelligemment c’est mieux.
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Choisir ses causes.
Comme individu et comme artiste,il y a certainement des sujets qui vous touchent particulièrement: la santé,l’éducation, la pauvreté, le bien-être des enfants.  Choisissez vos causes. Faites l’exercice de justifier pour vous même les raisons qui motivent votre choix, car pour bien atteindre vos objectifs, vous voudrez probablement limiter votre implication à un ou quelques choix seulement, plutôt que de parsemer ici et là….
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Vérifier la qualité des organismes qui vous sollicitent.
Quels sont leurs accomplissements?  Ont-ils la réputation de bien gérer les sous qu’ils obtiennent?  Leurs actions vont-elles dans le sens de vos valeurs personnelles?
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Vérifier le professionnalisme de l’organisation de l’encan lui-même.
Y-a-t’il un prix plancher en-deçàduquel votre oeuvre ne sera pas vendue? Vous voudrez éviter à tout prix qu’elle soit vendue à un prix trop bas.  Qui, le cas échéant, animera les enchères?  Est-ce que la personne désignée dispose d’une quelconque expérience en la matière, aura-t’elle la motivation et l’énergie nécessaire pour maintenir la salle en haleine, bien mettre en valeur les oeuvres soumises et faire monter les prix?  Détail non négligeable: les invités, qui sont-ils?  Seront-ils en nombre suffisant, ont-ils les moyens d’acheter ce qu’on leur propose?  J’ai vu un encan silencieux cette année dans le cadre d’une soirée chic où on offrait vin, bouchées et prestations musicales.  Les gens présents étaient sympathiques à la cause, mais le prix payé pour assister à l’événement semblait être suffisant pour eux.  Peu d’oeuvres ont été vendues.
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Valider les garanties offertes.
Vous voudrez savoir où sera entreposée votre oeuvre avant la tenue de l’encan et qui se chargera du transport.  Attention aux improvisations.  Est-ce que l’organisme se porte garant des bris et des pertes qui pourraient survenir?  Vous voudrez aussi savoir ce qu’il adviendra des oeuvres invendues. Seront-elles retournées, aux frais de qui et quand?  Rappellez-vous que vous pouvez vous réserver un pourcentage du montant de la vente. Vous avez également le droit de demander un reçu de charité pour fin d’impôts pour votre don. Voyez si on vous demande également du temps ou une aide pour le transport.  Dans tous les cas, il est préférable d’emballer et d’identifier vos oeuvres vous-mêmes.
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Évaluer ce que le geste vous apporte en tant qu’humain, mais aussi entant qu’artiste-entrepreneur.
Vous devez avant tout être fier/fière de la cause que vous soutenez. Apporter son aide à ceux et celles qui en ont besoin est utile en plus de réchauffer le coeur et l’âme.
D’un point de vue pratique, si la cause que vous soutenez est aussi chère à une bonne part de votre clientèle cible, votre image en sera bonifiée. Si vous choisissez une cause impopulaire, il se peut qu’au contraire elle en souffre.  Il arrive que pour vous remercier de votre aide vous soyez invités à l’encan ou à d’autres campagnes  de financement de l’organisme que vous soutenez.  Ces événements seront une occasion pour vous d’établir des liens avec d’autres artistes et avec les collectionneurs.  Acceptez-les donc avec plaisir.
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Je vous souhaite donc en cette période des Fêtes de belles expériences de partage et qu’elles soient enrichissantes pour vous.  Puisque charité bien ordonnée commence par soi-même, soyez heureux et fiers de vos accomplissements, donnez selon vos capacités et vous pourrez ainsi donner longtemps et bâtir de belles relations au fil du temps.

Dossier: LE DROIT DE SUITE

L’Angélus, Jean-François Millet, 1858
                                                      
Au contraire d’une chanson qui sera vendue à de multiples exemplaires, une oeuvre d’art est unique et l’artiste n’en tirera profit qu’une seule fois. Or la valeur de l’oeuvre, lorsque l’artiste est reconnu, aura le plus souvent tendance à croître avec le temps, enrichissant ses propriétaires successifs, mais pas l’auteur. Les premières oeuvres d’un artiste sont le plus souvent vendues à petit prix, si elles ne sont pas tout simplement données en gage de remerciement ou en échange d’un service. On dit d’ailleurs à la blague (pas tant que ça dans le fond!) qu’un artiste prend de la valeur seulement s’il meurt. Vincent Van Gogh n’aurait vendu qu’une seule toile de son vivant. Il s’agit bien évidemment d’un cas extrême, mais la plupart des artistes visuels doivent se contenter d’un maigre revenu au cours de leur existence. Avec l’âge, la production s’amenuisant, leur situation souvent se détériore.
On pense notamment aux artistes inuits qui ont vendu leurs oeuvres à prix dérisoires alors qu’ils les voient aujourd’hui s’échanger en galerie et sur internet à des montants beaucoup plus élevés. Or bon nombre de ces artistes aujourd’hui âgés et vivant dans les régions éloignées du Nord, se retrouvent dans la pauvreté.
Marcel Barbeau, cosignataire du Refus Global, a offert une toile à un ami autour de 1956. Un des héritiers de cet ami a revendu la toile pour 86 000 $ en 2008. Monsieur Barbeau, aujourd’hui âgé de 85 ans et dont la situation demeure précaire, n’a pas touché un sou de ce montant.   Les cas semblables sont nombreux. Ailleurs dans le monde, Monsieur Barbeau aurait pu toucher des redevances sur cette vente. Même pour un artiste moins coté, le versement de telles redevances pourrait faire une différence.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’Angélus de Jean-François Millet fut vendu par un marchand d’art avec un profit plus que substantiel, alors que les héritiers de Millet vivaient dans un état de très grande pauvreté. Ce cas en particulier attira la sympathie du public. C’est pour venir en aide aux artistes et à leurs familles et pour pallier ce qui était considéré comme une injustice à leur égard que le gouvernement français institua en 1920 le droit de suite. En vertu de ce droit, les artistes ou leurs héritiers reçoivent des redevances pour la revente de leurs oeuvres et ce, pour toute la durée où les oeuvres sont protégées par le droit d’auteur[1].   Près d’une soixantaine de pays y adhèrent aujourd’hui, dont une majorité des pays de la Communauté Européenne, mais pas encore le Canada.
Le CARFAC[2]en collaboration avec le RAAV[3]fait pression auprès du gouvernement fédéral pour inclure le droit de suite à la Loi sur le droit d’auteur. Malheureusement, le projet de réforme de cette loi présenté cette semaine n’en fait toujours pas état. Il ne faut pas baisser les bras pour autant. Bien que la demande ne soit pas considérée comme prioritaire pour lui, il semble selon les représentants du CARFAC que le gouvernement y prête oreille.
Ce que le CARFAC propose en résumé :
  •     Un droit de suite qui s’appliquerait sur lesoeuvres de 1 000 $ et plus
  •     Un taux de redevance proposé de 5 %
  •     Aucune limite du montant remis à l’artiste
  •     La responsabilité partagée du vendeur et du professionnel du marché de l’art
  •     Une gestion collective obligatoire.
Le droit de suite ne s’appliquerait pas bien entendu au marché primaire (lorsque l’oeuvre est vendue pour la première fois), ni aux oeuvres qui ne sont plus protégées par le droit d’auteur (lorsque l’oeuvre fait partiedu domaine public), pas plus qu’aux ventes privées entre particuliers.
Le droit de suite ne fait pas l’unanimité partout où il est appliqué. Ainsi, la période d’effectivité du droit étant longue en France, soit 70 ans après la mort de l’artiste, ce sont surtout des ayants droit et non les artistes qui profitent le plus du système. Ainsi, 80 % des montants perçus seraient accaparés par moins de 12 familles, les héritiers de Picasso et de Matisse arrivant en tête de liste[4].Les marchands d’art se plaignent aussi du supplément que cela représente pour eux en comparaison aux marchands de pays où ce droit n’est pas en vigueur. Certains craignent un déplacement graduel du marché des oeuvres d’importance vers les zones libres de droits. Il sera donc important de tenir compte des expériences et difficultés vécues ailleurs dans l’établissement de ce droit chez nous.
Pour l’instant, même s’il n’est pas réglementé, le droit de suite est tout à fait légal au pays. Rien ne vous empêche de l’inclure à votre contrat de vente d’oeuvres. Le problème est que ce contrat vous lie uniquement au premier acheteur et non aux acheteurs subséquents. Vous n’avez aucun moyen d’être informé des éventuelles reventes et il n’existe pas non plus de mécanisme de gestion collectif de ces droits.
Pour en savoir plus sur le droit de suite et pour savoir ce que vous pouvez faire pour encourager son adoption, je vous encourage à consulter le site du CARFAC :

[1] En Francecela va jusqu’à 70 ans après le décès de l’artiste.  La loi sur le droit d’auteur au Canada prévoit plutôt 50ans.  Si le droit de suite y était intégré, il aurait logiquement la même durée.
[2] Canadian Artists Representation/ Front des Artistes Canadiens
[3] Le Regroupement des Artistes en Arts Visuels du Québec
[4] Almanart -Le droit de suite