Enquête sur les arts visuels du magazine BAZ: Le point de vue de l’agente.

France Cantin par Serge Blais_2011

Pour son numéro de l’hiver 2014-2015, le magazine BAZ présentait une enquête sur les arts visuels à laquelle un très grand nombre d’artistes et d’intervenants du milieu ont accepté de collaborer.  J’ai accepté de donner mon point de vue sommaire sur la situation des arts visuels à Montréal à Simon Duplessis.

Voici le résultat de cette entrevue.  Vous pouvez également consulter l’ensemble du contenu de ce numéro ici.

Un gros merci à Simon Duplessis et Sylvain Bazinet pour l’autorisation de partager avec vous cette entrevue.

ENQUÊTE SUR LES ARTS VISUELS

France Cantin: Le point de vue de l’agente.

(Par Simon Duplessis)

France Cantin est agente d’artistes.  Elle a notamment été l’agents de Zïlon et elle dirige aujourd’hui la galerie TD, à l’Astral du Quartier des Spectacles (1).  Tout d’abord artiste, elle a ensuite oeuvré dans le domaine de la vente lorsqu’elle a eu ses enfants.  En 2009, les enfants étant grands, elle a voulu combiner sa prédilection pour les arts et son expérience en vente. Elle a donc complété un cours d’agents d’artistes à l’École du Show Business.  Nous l’avons rencontrée dans le cadre de notre enquête sur les arts visuels.

BAZ: Pensez-vous que la situation générale des artistes en arts visuels au Québec s’est améliorée au cours des dernières années?

F.C.: Je te dirais qu’elle s’est améliorée à certains égards.  Les artistes, surtout la nouvelle génération, sont de plus en plus impliqués dans leur carrière.  Ils sont moins à la merci des galeries, ou de quelqu’un qui devrait venir les sauver!  Mais le marché est très difficile.  On ne valorise pas assez l’art.  Les gens sont intimidés.  N’importe qui va écouter de la musique classique, même s’il ne comprend pas.  Il devrait en être ainsi pour les arts visuels.  Le marché est en pleine transformation, les galeries tardent à emboiter le pas, à changer leur rôle.  Elles restent de simples magasins.  Ce n’est pas le cas de toutes, certaines accueillent le client de très bonne manière.  Pourtant, l’art est une valeur sûre pour un investissement.  C’est ainsi pour les artistes établis, mais c’est plus difficile pour les artistes émergents.

BAZ : Pensez-vous que les arts visuels occupent plus de place dans les médias qu’il y a a quelques années?

F.C. : Beaucoup moins.  Il y a beaucoup de coupures dans les médias principaux.  Comme les budgets sont moins gros, on va vers ce qui touche un plus grand public.  Et les gens qu’on connait déjà, c’est ce qui fait vendre la copie!  Tout ce qui est nouveau est un peu laissé pour compte.  Même pour un artiste comme Zïlon, c’est difficile. À la galerie TD, nous avons une équipe de presse, heureusement.  Mais ça reste difficile, ça prend des contacts.  La Presse et ARTV viennent à nos vernissages, mais c’est parce que nous avons une grosse machine de presse.  Et comme il n’y a que peu d’intérêt de la part du public général pour les arts visuels, il n’y a pas trop de couverture.  Pourtant, on a besoin d’art.

BAZ : Êtes-vous membre du Regroupement des Artistes en Arts Visuels (RAAV)?

F.C. : Oui.  Je suis membre associé.  Depuis  plusieurs années.  Pour moi c’est important.  Le RAAV est plein d’imperfections, mais c’est l’outil.  Comme les comédiens ont l’UDA.  C’est se prendre en charge, collectivement.  Les artistes sont trop souvent nés pour un petit pain.  J’entends parfois: « Je ne peux pas me défendre ».  Mais oui, on peut se défendre.  C’est certain qu’il n’y a pas de milliers de personnes pour gérer cet organisme, c’est souvent des anciens profs, des gens plus vieux.  C’est peut-être un peu plus vieillot, mais c’est nécessaire.  Il y a toujours place à l’amélioration.

BAZ : Gagnez-vous mieux votre vie comme agents qu’il y a quelques années?  Quel pourcentage de vos revenus votre métier d’agent représente-t-il?

F.C. : Non.  Gagner ma vie comme agents, je suis loin de là.  Comme agent, on suit les artistes.  Je ne fais qu’un pourcentage de ce que l’artiste fait.  Pour le moment, je vis de mon métier de galeriste, ça représente 90% de mes revenus. Comme agente, ça me coûte de l’argent.  Je le fais par vocation.  J’ai espoir d’arriver à quelque chose avec mes artistes.  Je me dis parfois que je dois prendre plus d’artistes, mais c’est moins de temps pour chacun.  Je repense en ce moment ma manière de le faire.

BAZ : Que pensez-vous des encans bénéfice?

F.C. : J’ai été des deux côtés!  J’ai travaillé avec des artistes et j’ai travaillé avec des encans, j’en ai même fait deux.  Je pense que c’est important.  En tant que citoyen, l’artiste peut avoir envie de donner.  Mais il faut que ce soit bien fait.  Il doit toujours y avoir un prix plancher, des reçus d’impôt – sinon c’est considéré comme un revenu – le retour des oeuvres non-vendues.  Tout doit être écrit sur un contrat.  Il ne faut pas donner n’importe comment et vérifier les encans à qui on donne.

BAZ : Que pensez-vous des reproductions en vente chez IKEA?

F.C. : Ben ça c’est un manque d’éducation carrément.  Si quelqu’un est prêt à mettre 200$ sur une oeuvre qui est dans tous les salons, il peut mettre 200 $ sur une oeuvre d’un artiste émergent.  Les gens pensent que c’est trop cher.  Les gens ne savent pas ce qu’ils peuvent avoir pour leur argent.  Et chez IKEA ils risquent d’acheter des oeuvres qui ne rapporteront rien à l’artiste.

BAZ : Que pensez-vous des galeries locatives?

F.C. : Je suis pour ça.  Parce que, de plus en plus, les galeries ne font rien.  Ils restent de simples magasins, ils ne proposent rien à l’extérieur.  Si un artiste se charge de sa carrière, il peut faire ses propres expos, gérer sa liste de clients (ce qu’une galerie ne laissera jamais faire).  Tu peux être maître d’oeuvre de ta propre carrière.

BAZ : Croyez-vous que les médias sociaux sont bénéfiques pour les arts visuels?

F.C. : Oui, parce que les médias traditionnels en parlent moins.  C’est une alternative intéressante.  Tu ne rejoindras jamais tout le monde par ce moyen, mais il y a un énorme potentiel.  Tu peux développer des trucs, faire tirer des oeuvres, établir un public.  Tu peux dynamiser ça.  C’est parfait pour un artiste qui veut diriger sa carrière.

BAZ : Comment voyez-vous la situation des artistes pour l’avenir?

F.C. : Je vois l’artiste de plus en plus travailleur autonome en charge de son sort.  Je vois l’artiste de moins en moins comme quelqu’un de passif.  La voie c’est ça.  Les jeunes ne veulent pas être aux mains de quelqu’un qui s’occupent d’eux.  Il y a vraiment un changement sur le marché.  Les galeries, même les grandes, sont dans le tumulte.  Les nouvelles technologies changent la donne.  Forums, catalogues et galeries en ligne, sites web.  Il y a d’énormes possibilités.  Je vois beaucoup d’intérêt des artistes qui me contactent pour mieux gérer leur propre carrière, et d’avoir les moyens de comprendre les règles. Et il y a aussi ici du travail à faire sur le droit de suite… c’est une autre histoire.

(1) Précision: Je travaille à la Galerie Lounge TD de la Maison du Festival de Jazz où se trouve également l’Astral.

Choisir sa galerie et non sa galère (2) – La répartition du risque

À chaque rediffusion de mon texte « Choisir sa galerie et non sa galère« , plusieurs artistes réagissent en me faisant part de leur propre expérience avec les galeries. Ce qui me saute aux yeux c’est le glissement de plus en plus fréquent dans la répartition du risque financier entre l’artiste et la galerie.

Il y a différents contextes pour lesquels vous vous associerez à une galerie. Il se peut que ce soit une entente à long terme ou dans le contexte d’une exposition temporaire solo ou de groupe. La galerie, selon les moyens dont elle dispose offre plusieurs avantages aux artistes: un local et une adresse connue du public, une notoriété, une visibilité sur les réseaux sociaux, une liste de clients, des préposés à l’accueil et à la vente sur place, des outils de promotion et parfois aussi un service de relations de presse pour assurer la diffusion de ses événements. Certaines galeries, moyennant contrepartie, offrent aussi le développement de la carrière de l’artiste lorsque la relation s’établit sur le long terme. Il est important de comprendre que tous ses services représentent pour la galerie des frais fixes, souvent importants. Selon les avantages et les services qu’elle offre, la galerie demandera toujours une contrepartie de l’artiste, le plus souvent sous forme de commission sur les ventes.

Or, comme la commission dépend justement des ventes, les revenus de la galerie, contrairement aux frais, sont loin d’être fixes et ne sont garantis d’aucune façon. Les galeries qui tirent le mieux leur épingle du jeu sont donc celles qui réussissent à vendre suffisamment pour payer les redevances aux artistes et couvrir leurs frais tout en dégageant un surplus. Principe économique élémentaire: réduire les dépenses et augmenter les ventes. Certaines galeries seront donc frileuses à accepter des artistes dont les ventes sont loin d’être garanties. En contexte économique difficile, certains se contenteront de valeurs sûres sur le marché. D’autres plus passionnés par leur rôle de diffuseurs offriront un mélange de valeurs sûres et de choix plus audacieux.  Dans tous les cas, c’est l’habileté à faire de bon choix et à les communiquer à sa clientèle qui sera garant du succès de la galerie. Le galeriste doit connaître le travail des artistes qu’il représente, le marché dans lequel il oeuvre et les goûts particuliers de sa clientèle. Il doit bien sûr être un médiateur de talent et transmettre son savoir et son goût de l’art à ses visiteurs. Il manoeuvre habilement dans un contexte où ses frais sont fixes et où les ventes dépendent de critères autant économiques qu’émotifs et sur lesquels il a peu de contrôle. N’est pas un bon galeriste qui veut et il y a malheureusement beaucoup trop d’amateurs sur le marché. Tout comme plusieurs s’imaginent qu’il est facile de s’improviser artiste, plusieurs pensent qu’il est aisé de vendre de l’art. Or, on ne vend pas de l’art comme on vend des chaussures….

Ce que je trouve inquiétant, c’est lorsque la galerie n’assume plus le risque inhérent à cette pratique particulière et transfère une partie de plus en plus importante de son risque financier à l’artiste. Est-ce que le galeriste le fait par facilité, par ignorance, par manque d’imagination ou de talent, par appât du gain ou parce que le marché ne lui laisse pas le choix? À vous d’en juger.

Il y a deux façons de transférer le risque financier à l’artiste: soit par l’application d’une commission de vente de plus en plus élevée, soit par le transfert de frais fixes à la charge de l’artiste (frais de promotion, frais de vernissage, etc) en surplus de la commission de vente.

Si vous considérez la démarche de votre galeriste légitime, les questions à vous poser, puisque vous achetez un service, sont:

  1. Est-ce que j’en ai pour mon argent? Est-ce que le prix demandé est compétitif? Est-ce que le service offert par la galerie justifie la somme qu’on me demande?
  2. Est-ce que j’en ai les moyens? Ne sachant pas d’avance le montant de mes revenus, est-ce que je peux absorber ces frais ou non?
  3. Est-ce que l’entente et le risque qu’on me demande de prendre en valent toujours le coût? Existe-t-il des alternatives à ma disposition?

Tout comme la galerie, l’artiste doit voir à un certain équilibre entre ses coûts et ses revenus et comme nous le voyons, il absorbe de plus en plus l’instabilité des revenus de vente. Dans certains cas, et je parle surtout des expositions temporaires, louer un local et même réserver les services d’un professionnel pour l’organisation de votre vernissage et votre mise en marché vous coûtera moins cher que ce que vous demande ces galeries nouveau genre.

Vous comprendrez que je ne suis pas d’emblée en faveur de ce nouveau « partage » des coûts dont il est question ici. Traditionnellement, les artistes se sont tournés vers les galeries justement pour leur capacité financière à assumer le risque des ventes incertaines et pour leur talent et les moyens à leur disposition pour diffuser et mettre en marché leur travail. Un bon galeriste croit en votre travail suffisamment pour y contribuer en prenant ce risque et en travaillant avec vous. Il sait qu’en agissant ainsi, votre succès sera le sien. C’est la relation que je vous souhaite.

Le succès d’un artiste. Non, ceci n’est pas une pipe.

René Magritte, La trahison des images, 1929

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Quand je rencontre un artiste pour la première fois, il me parle le plus souvent de ces deux rêves: celui d’être un jour reconnu pour son art et celui de pouvoir en vivre.  Quelques uns espèrent aussi être « découverts ».  Qu’un agent ou une galerie les prenne en charge et les porte aux nues.  J’aimerais bien pouvoir promettre ce succès.  S’il n’en tenait qu’à moi, un bon nombre d’entre vous seriez déjà riches et célèbres avec mention spéciale dans les ouvrages d’histoire de l’art!

Il y a peu d’agents dans le domaine des arts visuels et ils ont le plus souvent peu ou pas rapport avec ce qu’on appelle un impresario.  Plusieurs de ses agents proposent d’être des intermédiaires pour la vente de vos tableaux, à l’instar de plusieurs galeristes.  D’autres vous proposeront aussi de vous épauler dans le développement de votre carrière.  Ce qui est plus rare.  Cette activité à elle seule garantit difficilement la rentabilité à court terme.  Et il faut manger.  D’autres fins finauds à l’esprit hollywoodien vous promettront la gloire sans effort si vous remettez votre sort (et vos tableaux) entre leurs mains.  Le métier n’est pas réglementé.  Il n’existe aucun contrôle sur qui peut l’exercer. Il importe d’être vigilant.  Tout au long de votre carrière, vous serez confrontés au chant des sirènes: la visibilité, la gloire, les toiles qui se vendent à gros prix ou tout simplement la reconnaissance de la critique.  Au risque d’être rabat-joie, je vous dirais que tout s’acquiert en grande partie par le travail et avec le temps. Ce qui n’exclut pas une bonne stratégie.   Je soupçonne qu’être la saveur du mois ou le « one-hit wonder » ne fait pas partie de votre plan.  Apprenez à détecter les charlatans.

C’est avec mon père que j’ai appris à faire des affaires. À son contact, j’ai compris qu’il y avait deux types de vendeurs :

Celui qui nous fait miroiter la lune et nous vend à gros prix ce dont nous n’avons pas vraiment besoin. Ce genre de vendeur s’enrichit souvent rapidement, mais entre vous et moi, on y va une fois et la plupart du temps, on n’y retourne pas.

Le deuxième type prendra le temps de vous écouter et vous conseillera un produit qui devrait répondre à votre besoin. Sans plus. Vous aurez envie d’y retourner, parce que vous lui faites confiance. Ce genre de vendeur bâtira son succès lentement, mais sûrement.

J’ai choisi de croire qu’il  est possible de survivre à un monde capitaliste et individualiste en conservant ses valeurs et sans être une victime. De plus, je crois que le succès n’est pas uniquement une question d’argent, ni de visibilité. Il est ancré à notre définition du bonheur et de notre estime de soi. Aimez-vous ce que vous voyez dans le miroir chaque matin? Êtes-vous heureux? Pouvez-vous affirmer que vous agissez conformément à vos valeurs, vos idéaux, votre plan de vie?  Accomplissez-vous vos rêves?

Mon père a eu une bonne vie, quoique trop courte, avec, comme la plupart du monde, son lot de difficultés. Lorsqu’il est mort, l’église était pleine à craquer de gens tristes de le voir partir, dont un très grand nombre de clients et de collègues de travail.  À ce moment précis, j’ai décidé ce que voulait dire pour moi réussir.  Ça déborde largement le cadre du travail.

En tant qu’artiste, comme tout le monde, vous devrez tôt ou tard répondre à cette question, ainsi qu’à plusieurs autres, notamment:

Quelle sorte d’artiste êtes-vous?

Quels sont vos objectifs de carrière?

Quelles sont les valeurs qui vous motivent à poursuivre cette voie?

Quelle quantité d’efforts êtes-vous en mesure de fournir?

De quelle sorte d’aide avez-vous besoin?

Au moment de vous lancer, regardez-vous sans fard. Qui êtes-vous, que voulez-vous devenir et qui sont les gens qui apprécient votre art? Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise voie. Il y a des artistes de recherche qui ont une approche plus intellectuelle et qui font avancer notre conception de l’art.  À l’opposé, certains feront de l’art dit « décoratif ». Ils apportent la joie. Ils sont des marchands de bonheur en quelque sorte. Entre les deux, des tas de nuances. Des artistes qui cherchent, qui réfléchissent et qui communiquent un message, mais  qui veulent aussi être vus, reconnus, compris. L’art est une communication et il y a plusieurs langages possibles.  Seulement vous pouvez déterminer les critères de votre succès et c’est sur eux que vous devriez construire votre plan de carrière.

La seule vraie définition du succès est la vôtre et une des seules façons d’y arriver est… l’effort. On dit qu’un artiste qui réussit c’est 15 % de talent et 85 % d’effort. On peut argumenter sur le pourcentage, mais tout de même. No such thing as a free lunch.  Plusieurs croient que les artistes sont des rêveurs oisifs. Ceux et celles qui réussissent sont en fait des bourreaux de travail. Ils sont animés d’une passion qu’on voit rarement dans d’autres domaines. Être artiste n’est pas un simple boulot. C’est un état d’être. L’esprit tourne constamment. Il ne se met pas à « off » le vendredi soir.  Si l’artiste travaille fort, réussira-t’il pour autant?  S’il réussit, sera-t’il riche pour autant?  Pas toujours.

Qui plus est, faites-vous vraiment de l’art pour être riche? Il y a certes, des métiers plus lucratifs. Est-ce que le succès d’un artiste s’évalue au nombre de toiles vendues ou à la qualité de son art et de son message?  Cela dit, il vous faut gagner votre vie. Le profit que vous tirerez de vos activités artistiques (ou souvent autres) déterminera votre durée. Être artiste, c’est être entrepreneur. Des entrepreneurs sincères et honnêtes, ça existe. Il faut arrêter d’avoir peur de l’argent.  Vous pouvez tirer profit de votre art et parfois même en vivre  sans perdre votre âme nécessairement.  Il vous faudra peut-être aussi (et fort probablement) gagner votre vie autrement.  Parfois il vaut mieux séparer art et argent comme le suggère Éric Bolduc dans un de ses conseils pour jeunes artistes (voir plus bas).

Finalement, voulez-vous vraiment confier la direction de votre carrière à quelqu’un d’autre?  À mon avis, c’est la pire des tentations à laquelle vous devrez résister.  Ce serait tellement plus facile de vous défaire de cette responsabilité, non?  Tout au long de votre parcours, vous aurez certainement besoin de l’aide de plusieurs personnes, que ce soit pour votre comptabilité, pour votre mise en marché, pour vos relations de presse ou pour la gestion de vos droits d’auteur.  Peu importe l’aide que vous irez chercher, gardez toujours la main sur le gouvernail, car seul vous pouvez décider de la destination.

Je vous présente ici, avec la permission de l’auteur, cet excellent texte qui fait écho à mon propos.  Il existe 9 de ces conseils que je vous inviterai prochainement à découvrir ici dans le désordre.  Pour ceux et celles qui aiment prendre de l’avance, ils sont tous disponibles sur le site de ratsdeville.  Voici donc le conseil no. 8.

Conseil no 8 : vivre avec (et non de) son art

Dans tous les domaines, on pourrait plaider l’attitude de ne pas prendre pour acquis quoi que ce soit. À chaque instant, il est possible que tout vacille d’un coup et que notre occupation d’aujourd’hui ne puisse nous assurer le revenu de demain. Une pratique artistique nous incite souvent à cultiver cette perspective activement. Toute stabilité relative est précaire, surtout le succès d’une production artistique d’un point de vue de marchandise. Même lorsque ça marche, on ne peut pas compter là-dessus pour vivre.

Il y a des exceptions qui confirment la règle, des artistes qui se consacrent uniquement à la production d’œuvres qui sont vendues et leur rapportent une certaine rente, mais à quel prix ? J’entends par prix le nombre d’heures dévouées à la production, les matériaux, le loyer et tout le travail administratif qui vient avec la pratique, les demandes de sub, la documentation, le démarchage auprès de la clientèle, les investissements divers, voire l’éducation. Avec tous les bons éléments en place et un peu de chance, même l’artiste « qui réussit » gagne à cultiver des aptitudes et compétences parallèles à son art.

(Suite)