Entrevue Blackburn Podcast

Le 8 janvier dernier, j’ai eu le grand plaisir d’être l’invitée de Pierre Blackburn à son émission Blackburn Podcast réalisée par Éric Mailhot.  Nous avons discuté principalement de la situation des artistes visuels au Québec. Vous pouvez voir l’entrevue dans son intégralité ici. Merci à la Galerie Lounge TD pour nous avoir accueillis.  Les photos sont de Valérie Provost, photographe.

Portrait par Valerie Provost_2016

 

La rente d’étalement de revenu pour artiste

J’ai pris conscience de l’existence de la rente d’étalement de revenu  lors d’une formation sur la fiscalité pour les artistes en 2013.  Toute enthousiaste, je suis partie à sa recherche pour bientôt me demander si c’était pas un peu comme les extra-terrestres ou le monstre du Loch Ness…  Je n’arrivais pas à le trouver et bien sûr je n’ai pas pu accommoder mon client qui en avait besoin à ce moment.   Le produit existe et la déduction possible, mais probablement qu’il y a si peu de gens qui en connaissent l’existence et/ou qui le recherchent pour qu’on sache de quoi vous parlez lorsque vous en faites la demande.

J’ai donc mis récemment mon comptable et mon conseiller financier sur le coup, parce que je voulais en avoir le coeur net.  Eux aussi ont peiné, mais nous avons finalement trouvé!

Il est bien connu que les artistes ont en général des revenus très variables d’une année à l’autre.  Vaches maigres alternant avec vaches grasses, avec une prépondérance de vaches maigres…  Aussi, lorsque vous obtenez pour une fois des revenus dignes de ce nom au cours d’une année, vous  voulez éviter de payer un impôt trop élevé par rapport à vos revenus moyens.  Au Québec, il vous est possible d’étaler ce revenu (inhabituel pour vous) sur plusieurs années (maximum sept) en achetant une rente d’étalement du revenu provenant d’activités artistiques.

Cette mesure fiscale s’applique pour l’impôt du Québec seulement, vous devez être un artiste professionnel (selon la définition  précisée dans la Loi sur le statut de l’artiste) et votre revenu annuel net découlant de vos activités artistiques pour l’année visée doit excéder 25 000 $ en plus de votre déduction pour droits d’auteur s’il y a lieu.

Pour simplifier l’idée au maximum, disons que vous faites habituellement 25 000$ de revenus par année.  Or, cette année, vous avez fait des ventes exceptionnelles qui s’élèvent à 70 000$.  Donc, au lieu d’encaisser ce montant d’un coup et donc de payer de l’impôt sur le plein montant avec souvent un taux d’imposition supérieur, vous pouvez choisir d’acheter une rente et  vous faire verser 10 000$ par année pendant 7 ans en payant un impôt plus en phase avec vos revenus habituels.

La rente doit être acquise pendant l’année d’imposition ou dans les 60 premiers jours de l’année suivante (comme pour les REER).

Vous pouvez obtenir plus de renseignements au sujet de la rente d’étalement de revenus pour artistes sur le site de Revenu Québec.

Sans vouloir endosser une institution plutôt qu’une autre, après plusieurs recherches infructueuses, nous avons finalement trouvé ce produit financier chez Desjardins Assurances.

Crédit photo: Shi Yali

Rédiger un communiqué de presse pour son événement

Vous avez décidé d’organiser par vous-même cette exposition tant attendue.  Vous voudriez bien qu’on en parle.  Vous voudriez bien atteindre la sacrée reconnaissance que chacun espère.  Vous ne ferez probablement pas la première page du cahier culture des grands quotidiens à votre premier essais, mais il est important de travailler soigneusement à l’élaboration de son image média dès le départ.  Des articles et reportages qui parlent de votre travail, même s’ils sont modestes, ajoutent à votre crédibilité et étoffent votre dossier d’artiste.  C’est un travail qui se fait sur la durée.  C’est aussi un excellent moyen de faire sa promotion, pour autant que l’on dise de vous de bonnes choses!  Et même là…

Pour chaque événement important de votre carrière, principalement lorsque vous exposez,  vous pouvez considérer la rédaction d’un communiqué à faire parvenir aux médias si vous n’avez pas une galerie ou un agent qui le fait pour vous.  Ayez cependant toujours en tête que les journalistes, recherchistes et chefs de pupitre reçoivent des tonnes de communiqués chaque jour.  Il est difficile de se démarquer et de susciter l’intérêt de la personne qui reçoit votre communiqué.  Vous devez vous poser la question à savoir si c’est une information pertinente à publier pour le média que vous approchez, en quoi elle se démarque, si  c’est une information susceptible d’intéresser leur public.  Le plus souvent, votre communiqué s’il est retenu, sera publié tel quel ou en seront publiés des extraits.  Il doit donc être rédigé de façon claire et concise et dans une langue impeccable.  Soyez conscient que vous vous adressez à des gens qui travaillent avec les mots.  S’il y a des fautes, il se peut fort qu’on ne prenne pas la peine de vous corriger et qu’on rejette l’info, même si elle semble intéressante.  Si vous vous adressez aussi à des médias anglophones, ayez la délicatesse de traduire ou faire traduire, pour les mêmes raisons.  Vous augmentez ainsi vos chances d’être lus et publiés.

Pour être efficace, sachez que vous avez environ 30 secondes pour capter l’attention de votre lecteur.  L’information essentielle doit donc se trouver dans le premier paragraphe, soit ce qu’on nomme en anglais les 5 W (Who-What-When-Where-Why).  Vous devez prioriser l’information importante en allant du plus spécifique au plus large.

Les éléments d’un communiqué:  

Tout en haut, titrez « Communiqué de presse » en spécifiant pour diffusion immédiate ou sous embargo (dans ce dernier cas, spécifier la date où l’information sera publique).

Vous pouvez mettre votre logo s’il y a lieu.

Titre et sous-titre bien en évidence.

Ville et date de publication du communiqué, suivis d’un tiret.

Votre texte.

le « -30-  » signifie la fin du communiqué comme tel.

Vous pouvez ajouter par la suite les informations de contact, les sources utilisées s’il y a lieu et vous pouvez aussi répéter les informations essentielles de l’événement sous forme télégraphique.

Vous pouvez bien sûr ajouter les liens vers votre site internet, une vidéo en ligne ou tout autre élément pouvant compléter l’information sans trop alourdir.  Vous pouvez illustrer d’une photo ou du carton de l’expo, en autant que l’info ne soit pas trop lourde.  Il est d’ailleurs préférable d’envoyer le communiqué dans le corps du texte plutôt qu’en pièce jointe si vous voulez éviter qu’il soit rejeté par les logiciels anti-pourriels de certains destinataires.

À qui envoyer votre communiqué:

Il existe des services de presse auxquels vous pouvez vous abonner pour bâtir votre propre liste complète et à jour pour l’envoi de vos communiqués.  Ces services sont cependant très onéreux et ne valent pas l’investissement si vous ne les utilisez que quelques fois par année.  Si vous n’avez pas de relationniste et que votre budget est limité, vous voudrez probablement bâtir vous-même votre liste en consultant le site web des différents médias que vous voulez rejoindre à l’onglet « contact ».  Ne négligez pas les médias étudiants et communautaires et les journaux régionaux et de quartier.  Ils sont souvent plus ouverts à diffuser de l’information sur de petits événements s’ils semblent intéressants.  Il existe aussi de plus en plus de blogues couvrant les événements artistiques auxquels vous pouvez vous adresser.  N’oubliez pas non plus d’envoyer votre communiqué aux différents agendas culturels (journaux et en ligne).

Quand envoyer votre communiqué:

En général, deux semaines à l’avance suffisent.  Vous pouvez aussi envoyer un rappel un à deux jours avant le vernissage.  Si un ou une journaliste manifeste l’intérêt d’y assister, n’hésitez pas à le ou la relancer pour confirmer.  Pour ce qui est des magazines imprimés, les dates de tombée sont généralement de deux mois à l’avance.

Et après?

Préparez un dossier de presse physique en quelques exemplaires regroupant votre communiqué, votre démarche, votre bio ou texte de présentation, votre revue de presse s’il y a lieu ainsi qu’un dossier visuel de 5 à 10 images sur cd.  Vous serez ainsi en mesure de répondre à la demande si nécessaire.  Le même dossier sous forme électronique pourra facilement être envoyé par courriel sur demande.

Une fois l’événement passé, gardez soigneusement en référence toute publication sur votre travail et/ou votre événement pour votre dossier.

Si vous avez besoin d’aide pour la rédaction ou la révision de vos textes, l’envoi ou la constitution de listes de presse, cela fait partie des services offerts à ma clientèle.  N’hésitez pas à me contacter pour plus de détails.

Photo: Florian Klauer

Signez ici : La compréhension des contrats comme élément essentiel de votre boîte à outils.

"Le contrat", Jean-Honré Fragonard, 1792

« Le contrat », Jean-Honré Fragonard, 1792

Dans ma pratique, je vois souvent des artistes hésiter et même refuser de signer les contrats qu’on leur propose, pas nécessairement parce ces contrats sont mauvais, mais parce que c’est le principe même du contrat qui pour eux cause problème. Je me suis souvent dit que ces personnes doivent être particulièrement sensibles à ce que le contrat représente dans sa conception étroite : quelque chose d’engageant et de contraignant, quelque chose que si nous comprenons mal risque de nous piéger, quelque chose qui remplace la confiance et la bonne foi auxquelles nous aimons tellement croire. Il y a peut-être derrière cette attitude un peu aussi de manque de confiance en soi, de sa capacité à négocier, de peur de soulever des problèmes qui ne surviendront peut-être pas, peur de susciter une discorde qui risque de miner l’entente elle-même. On aime mieux s’en remettre à la chance et se convaincre que tout ira bien.

Or, s’il est possible d’être dupé par un mauvais contrat, l’absence de contrat peut aussi souvent s’avérer nuisible.

Exiger un contrat ce n’est pas un manque de confiance envers l’autre contractant. Ce peut être une façon de dire que vous estimez suffisamment la relation pour la protéger des brouilles pouvant résulter d’une mauvaise compréhension de l’entente que vous avez conclu ensemble. En proposant un contrat, vous faites preuve de votre professionnalisme. Vous indiquez clairement que vous connaissez vos droits et que vous défendez vos intérêts et cela peut très bien se faire dans le respect de votre interlocuteur.

Hormis quelques cas particuliers, il n’est pas nécessaire de faire rédiger le contrat par un avocat ou une avocate. Sachez cependant que lorsque les enjeux sont grands pour vous, vous avez tout intérêt à consulter un ou une professionnel-le avant de vous engager. Sachez aussi qu’il y a plusieurs spécialités au droit et ne vous laissez pas impressionner si une galerie vous dit que son contrat a été rédigé par un avocat. D’ailleurs, les diffuseurs vous présenteront presque toujours des contrats qui les avantagent, sans nécessairement être abusifs. Il est important d’avoir en tête les éléments que vous voulez y voir paraître pour que la négociation se fasse de façon équitable. Plus vous serez confrontés à des types de contrats différents, plus vous serez à même de juger ce qui vous convient ou convient moins.

Voici donc quelques outils qui je l’espère, contribueront à démystifier le contrat.

Il y a plusieurs situations pour lesquelles un ou un artiste pourrait proposer ou se faire proposer un contrat: exposition, consignation d’oeuvres, performance, reproduction, etc. Chaque contrat devrait être adapté à la situation particulière, mais certains éléments sont communs à tous.

Premièrement, en général, un contrat n’a pas besoin d’être écrit. Selon le Code Civil du Québec, une entente verbale peut très bien constituer un contrat. Par contre, en cas de litige, ce sera la parole de l’un contre la parole de l’autre. Le contrat écrit aide à clarifier ce qui avait été convenu au départ et les conditions de cette entente.

Toutefois, dans le cas particulier d’une entente entre un artiste professionnel et un diffuseur, la Loi sur le statut de l’artiste professionnel (Loi 78) précise que le contrat doit être écrit. Si bien que s’il y a absence de contrat écrit, votre entente pourrait être considérée n’avoir jamais eu lieu. Si vous êtes artiste professionnel, vous avez donc intérêt à vous y attarder. Nous y reviendrons plus loin.

Deuxièmement, le contrat doit être valide et le Code Civil du Québec définit les critères pour qu’il soit considéré comme tel.

La validité du contrat:

En général, pour qu’un contrat soit valide, il faut 3 choses :

Un consentement. Ça peut paraître évident, mais ce doit être clair que les parties consentent aux termes de l’entente. Dans le cas d’un contrat écrit, la signature peut en faire preuve.

Les parties doivent être aptes à contracter. Certaines personnes ne sont pas aptes à contracter par elles-mêmes (si elles sont placées sous tutelle, par exemple). De plus, pour engager la vente d’oeuvres ou de la cession des droits d’auteur sur celles-ci, vous devez en être propriétaire.

Le contrat doit avoir un objet, c’est-à-dire qu’il doit énoncer la nature de l’entente (vente d’un bien ou d’un service en échange d’une contrepartie, par exemple).

Lorsqu’on est confronté à la lecture d’un contrat la première fois, on ne sait pas trop ce qu’il faut y chercher et y reconnaître. Voici donc une petite liste des éléments constitutifs des contrats.

Les éléments constitutifs du contrat :

Titre (il permet de définir mieux l’objet du contrat).

Date et lieu de signature.

Identification des parties.

Droits et obligations des parties.

Entrée en vigueur du contrat.

Durée du contrat.

Fin du contrat (hormis la date, ce peut être aussi les circonstances pouvant y mettre fin, par exemple, la faillite du diffuseur ou l’omission d’une des deux parties de répondre de ses obligations).

Mode de règlement des conflits.

Signature et initiales à chaque page. La signature confirme le consentement hors de tout doute. Les initiales au bas de chaque page montrent qu’il n’y a pas eu d’ajout possible après la signature. Il est important d’initialer pour les mêmes raisons lorsqu’on fait des ratures ou qu’on corrige le contrat à la main, question de confirmer que les parties ont consenti à ces modifications.

(Source : Fondation du barreau du Québec, Vos droits, vos affaires, vol.4)

Les conditions qui régissent les contrats entre artiste professionnel et diffuseur selon la Loi sur le statut de l’artiste professionnel.

Nous avons vu plus haut que la Loi sur le statut de l’artiste professionnel exige que les contrats entre artistes soient écrits. (Ils doivent également être signés en deux copies). La Loi instaure ainsi une exception au Code Civil du Québec qui prévoit pourtant que les contrats peuvent être faits verbalement entre deux parties. De plus, la Loi 78 impose la présence de certaines clauses au contrat.   Les diffuseurs, du fait que les artistes ont besoin de leurs services pour faire connaître et commercialiser leur travail, pourraient avoir l’avantage d’imposer les conditions qui leur convient dans leurs ententes avec les artistes. Les artistes ont le plus souvent un statut économique précaire. Le législateur a donc imposé ces exceptions aux règles qui régissent habituellement les contrats pour permettre un rapport plus égalitaire entre diffuseurs et artistes.

Il est à noter que la Loi 78 s’applique aux artistes professionnels seulement. Par contre, même si vous n’avez pas encore ce statut et que la Loi 78 n’oblige pas votre diffuseur, vous pouvez quand même vous en inspirer pour la négociation de vos contrats et je vous le conseille fortement.

Est considéré artiste professionnel (au sens de la Loi) :

L’artiste qui se déclare lui-même artiste professionnel, qui crée des oeuvres pour son propre compte, dont les oeuvres sont exposées, produites, publiées, représentées en public ou mises en marché par un diffuseur. Il a reçu de ses pairs des témoignages de reconnaissance comme professionnel, par une mention d’honneur, une récompense, un prix, une bourse, une nomination à un jury, la sélection à un salon ou tout autre moyen de même nature.

Est aussi présumé artiste professionnel l’artiste qui est membre du RAAV (organisation reconnue pour représenter les artistes par le gouvernement du Québec).

(Voir le texte de loi, section 1 – Le statut de l’artiste professionnel).

De plus, ces exceptions pourraient ne pas s’appliquer si le contrat est signé par un agent, un professionnel ou une société de gestion de droits agissant au nom de l’artiste, puisqu’ils sont sensés négocier à armes égales avec le diffuseur.

Les clauses obligatoires dans un contrat impliquant un artiste professionnel et un diffuseur:

« 1. la nature du contrat ;

2. l’oeuvre ou l’ensemble d’oeuvres qui en est l’objet ;

3. toute cession de droit et tout octroi de licence consentis par l’artiste, les fins, la durée ou le mode de détermination de la durée et l’étendue territoriale pour lesquels le droit est cédé et la licence octroyée, ainsi que toute cession de droit de propriété ou d’utilisation de l’oeuvre ;

4. la transférabilité ou la non transférabilité à des tiers de toute licence octroyée au diffuseur ;

5. la contrepartie monétaire due à l’artiste ainsi que les délais et autres modalités de paiement ;

6. la périodicité selon laquelle le diffuseur rend compte à l’artiste des opérations relatives à toute oeuvre visée par le contrat et à l’égard de laquelle une contrepartie monétaire demeure due après la signature du contrat. »

 (*source: Georges Azzaria et Normand Tamaro, « Le droit et les contrats en arts visuels au Québec, RAAV, 2001)

 À surveiller:

La durée du contrat

Plusieurs points sont à surveiller pour les artistes. Si vous engagez une nouvelle entente avec une galerie, vous voudrez peut-être limiter la durée, à un an par exemple, afin de voir si l’entente vous sera satisfaisante.  La galerie qui s’apprête à investir dans la promotion de votre carrière, essaiera probablement de vous offrir 2, 3 ou 5 ans… À vous de voir.

L’exclusivité

L’exclusivité est précieuse et ne devrait pas être cédée à la légère. Cédez seulement pour le territoire sur lequel la galerie a vraiment le pouvoir de faire une différence pour vous. Si la galerie vous demande l’exclusivité pour toute l’Amérique du Nord, vérifiez qu’elle a bien et bien des contacts pour vous promouvoir sur ce territoire en entier, sinon, il peut être plus avantageux de céder votre représentation à un autre diffuseur pour des territoires plus éloignés.

Les clauses financières de l’entente : Pourcentage de commission, délais de paiement et modes de versements des sommes dues, fréquences des rapports de redevances dans le cas d’un contrat de galerie. Vous devriez toujours être en mesure de vérifier l’état des ventes ainsi que les sommes qui vous sont versées en fonction de vos ventes totales.

La question du droit d’auteur :

Que ce soit pour la vente, la consignation ou pour une performance, l’œuvre et les droits qui y sont associés sont deux éléments distincts. Vous pouvez autoriser la reproduction d’une ou de plusieurs œuvres pour la promotion d’un événement, selon certaines conditions (nombre d’exemplaires et type de diffusion). Les reproductions à des fins de vente (comme giclées, sérigraphies et autres) devraient faire l’objet d’une entente séparée. Le contrat devrait définir le type de reproduction autorisée, le nombre d’exemplaires et dans certains cas, la durée sera aussi importante.

Pour une performance, vous n’avez pas nécessairement à céder vos droits sur l’œuvre produite au diffuseur. Cette demande n’a souvent comme motif que la diffusion à des fins de promotion. Vous pouvez autorisez ces diffusions sans pour autant céder vos droits de façon définitive. Vous voudrez peut-être vous y garder l’accès pour le présent et même pour le futur.

Finalement, ne cédez jamais, au grand jamais, l’ensemble de vos droits d’auteur à un tiers.

Voici un exemple tiré d’un contrat qu’on m’a déjà soumis pour examen. Je fais un accroc volontaire au respect du droit d’auteur en ne dévoilant pas la source, pour des raisons évidentes. Je vous laisse juger par vous-mêmes.

« Cession de droit.

-L’Artiste, par les présentes, cède à X le droit de propriété sur (nombre) Oeuvres ainsi que les Droits d’auteur sur lesdites Oeuvres dans le monde entier et pour la durée légale des Droits d’auteur sur les Oeuvres;

-Il est entendu que la cession du Droit de propriété et des Droits d’auteur sur chaque Oeuvre prend effet de plein droit au moment de la réalisation de l’Oeuvre;

-L’Artiste a l’obligation de proposer en exclusivité à X toutes les Oeuvres qui sont ou seront réalisées à partir de la date du présent contrat. »

Vous avez le droit, même le devoir à mon humble avis, de rejeter de telles clauses.

Pour vous aider, il existe des contrats modèles dont vous pouvez vous inspirer. Le RAAV offre à ses membres des exemples de contrats, adaptés aux différentes situations qu’il vous sera possible de rencontrer pendant votre carrière. Certains contrats sont disponibles à tous sur leur site internet. Le document complet « Le droit et les contrats en arts visuels au Québec » est disponible pour les membres seulement au coût de 10$ et il vaut son pesant d’or.

Note : Je ne suis pas une professionnelle du droit. Il est fortement suggéré de s’adresser à un avocat ou une avocate spécialisé-e en cas de doute ou de litige concernant vos ententes. Dans bien des cas, l’investissement en vaut vraiment la chandelle.

Sources:

LOI SUR LE STATUT PROFESSIONNEL DES ARTISTES DES ARTS VISUELS, DES MÉTIERS D’ART ET DE LA LITTÉRATURE ET SUR LEURS CONTRATS AVEC LES DIFFUSEURS

http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/S_32_01/S32_01.html

La fondation du Barreau du Québec, Vos droits, vos affaires, no.4

http://www.fondationdubarreau.qc.ca/pdf/publication/vosdroitsvosaffaires4.pdf

Georges Azzaria et Normand Tamaro, Le droit et les contrats en arts visuels au Québec, RAAV, 2001

L’agent ne fait pas le bonheur

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Nombreux sont les artistes de tous les domaines qui espèrent un jour être « découverts » par quelqu’un qui reconnaîtra enfin leur talent et leur garantira la réussite et le succès.

J’ai le regret de vous annoncer que ça ne vous arrivera probablement jamais.

Même dans le merveilleux monde du showbiz, où on dépense beaucoup de salive et d’encre à vous faire croire à ces histoires de Cendrillon, ce n’est souvent qu’un prétexte pour vous émouvoir et vous faire acheter ce qu’on vous propose.

Ce qu’il faut pour réussir, c’est d’abord bien sûr un minimum de talent, mais surtout beaucoup, beaucoup de travail, une bonne dose de courage.
Vous ne serez pas sauvés par qui que ce soit. Vous êtes responsable de votre propre succès, même si vous avez un agent, même si vous avez une bonne galerie. Attendre que quelqu’un vous sauve, c’est une fausse excuse pour expliquer vos difficultés qui sont en tout point normales.

Parlons des vraies choses, voulez-vous?
Selon une étude menée par Hills Stratégies en 2010, le revenu net moyen des artistes visuels au Québec se situait autour de 2 100 $ par an.  Un agent gagne normalement entre 10 % et 25 % de vos revenus bruts de création, selon les tâches qu’il s’est engagé à prendre. Faites vos propres calculs. Vous devez donc quand même déjà gagner un minimum pour qu’un agent rétribué à commission puisse considérer le projet viable. 
Un agent aurait dans ses conditions à représenter plusieurs artistes en même temps, ce qui peut l’empêcher de bien faire son travail.  Cela ne veut pas dire qu’il ou elle ne trouve pas votre travail intéressant.  Il ou elle se tournera alors vers un artiste qui a déjà un revenu de création intéressant ou vous proposera un tarif à l’heure ou forfaitaire.

Qu’est-ce que vous attendez d’un agent ou d’une agente? (À part un miracle, on s’entend…)
Beaucoup d’artistes m’approchent avec une idée très peu précise de leurs besoins. Aidez-moi, croyez en moi, c’est ce qui principalement résume leur demande. Je crois en vous. Le problème n’est pas là. Votre premier réflexe devrait être d’analyser votre situation par rapport au marché. Vous avez produit un corpus d’oeuvres. Savez-vous quel public sera susceptible de s’y intéresser? Avez-vous réfléchi à la meilleure façon de faire connaître votre travail et le mettre en marché? Avez-vous un propos qui risque d’intéresser les médias? Comment voyez-vous la suite pour vous? Où vous imaginez-vous dans 10 ou 20 ans? Que voulez-vous vraiment accomplir? Qu’est-ce qui est synonyme de succès pour vous (la reconnaissance ou les revenus)? Comment croyez-vous pouvoir financer votre pratique en attendant qu’elle soit rentable? À quel niveau avez-vous VRAIMENT besoin d’une aide extérieure?
Plusieurs artistes, par exemple, ont leur propre site internet transactionnel ou font affaire avec une ou plusieurs galeries virtuelles. Ils participent régulièrement à des expositions collectives, des symposiums, etc. Ils diffusent abondamment et intelligemment leur travail sur les médias sociaux et réussissent à se bâtir une certaine clientèle.
Or, un de ces artistes pourrait vouloir organiser une exposition solo par lui-même, trouver une galerie permanente pour ses oeuvres, développer le marché international, travailler à sa visibilité dans les médias. Ce sont là des objectifs clairs et définis pour lesquels il pourrait avoir besoin d’une aide extérieure.

Comment choisir un agent ou une agente :
Si vous considérez que vous générez assez de revenus ou que vous disposez des fonds nécessaires pour vous prévaloir des services d’un agent, quels sont les critères à considérer afin de choisir la bonne personne?
Les agents d’artistes en arts visuels sont relativement peu nombreux et sont donc très sollicités. Il est important de dire que le métier dans le contexte spécifique des arts visuels n’est enseigné formellement nulle part au Québec à ce que je sache. Il n’existe pas d’ordre professionnel non plus. N’importe qui peut se réclamer agent et il importe donc de vérifier les compétences de la personne selon la tâche qu’on lui demandera d’accomplir.
Certains agents se contenteront de vous trouver une galerie (ce qui est déjà beaucoup) et pourront réclamer une commission sur l’ensemble de vos ventes futures à cette galerie.
Certains s’occuperont aussi de la gestion de vos droits d’auteur (le cas échéant), de vos relations de presse, de votre comptabilité, de l’organisation de vos événements, de votre agenda, etc.  Tout se paie et la commission ou le salaire que vous versez à votre agent devrait refléter le travail accompli. Il est aussi possible de recourir à certains services ponctuels (relations de presse et organisation d’une exposition par exemple) moyennant une somme forfaitaire. Soyez donc conscients de vos besoins et négociez les tarifs en conséquence.
Finalement, un artiste ne peut choisir un agent, et un agent un artiste, selon des critères purement commerciaux, comme ce serait le cas pour toute autre relation d’affaires. Il s’agit souvent d’une relation très proche et c’est pourquoi certains artistes choisiront quelqu’un de leur entourage immédiat pour la tâche. La relation exige en effet une très grande confiance de part et d’autre, de la complicité, de la transparence, une vision et un engagement partagés.
Si vous avez trouvé votre perle rare, il est toujours préférable de se munir d’un contrat afin que les droits, devoirs et obligations de chaque partie soient bien définis en cas de litige.

Comment présenter votre travail à un agent ou une agente?
N’oubliez pas que ce que vous sollicitez est une relation d’affaires et il y a une certaine éthique à respecter à cet égard, comme pour tout autre contexte similaire.   Premièrement, il est poli de demander si la personne sollicite une nouvelle clientèle, ce qui n’est pas toujours le cas.
Des tactiques du type simple message qui dit seulement « toi et moi nous sommes faits l’un pour l’autre » accompagné d’une adresse web peuvent sembler louches et donner   la vague impression d’un soir de déprime sur Réseau-Contact.
Ce n’est pas parce qu’une personne a accepté votre demande sur un réseau social qu’elle se précipite pour aller voir votre portefolio en ligne.  
Sollicitez un agent de la même manière que vous solliciteriez un employeur. Soyez conscient que la personne que vous contactez a probablement un horaire chargé et qu’elle est sollicitée à maintes reprises par des personnes souvent aussi talentueuses et motivées que vous. Soyez clairs, soyez précis. Présentez-vous et exprimez clairement ce que vous voulez. Ne demandez pas à l’agent d’avoir à vous chercher pour voir votre travail. Fournissez des liens directs ou des photos et des informations précises et succinctes qui n’auront pas besoin d’être téléchargées au préalable. Le courriel sera le moyen de transmission privilégié, car il permettra à la personne de regarder au moment qui lui conviendra. Si vous devez absolument utiliser le téléphone, respectez les heures normales d’affaires. Finalement, si vous êtes à la recherche d’une association à long terme, essayez de voir si l’agent en question semble avoir des affinités avec vous, par le biais des projets qu’il ou elle a réalisés et par le biais des artistes qu’il ou elle représente. 

Quelles sont vos alternatives?
Comme je le mentionnais au début, peu d’artistes auront au cours de leur vie à se prévaloir des services d’un agent ou d’une agente. L’important, que vous ayez un agent ou non, est d’être en contrôle de votre carrière et d’avoir des objectifs relativement clairs. Informez-vous, soyez en contact avec d’autres artistes, galeristes et professionnels des arts visuels. Construisez-vous une banque de contacts. Il y a aussi des formations qui ont pour but de vous aider à mieux porter tous les chapeaux requis pour le métier et vous pouvez toujours avoir recours à de l’aider professionnelle ponctuelle. Bref, prenez votre destin en main. N’attendez pas d’être sauvés. Le métier d’artiste est un métier difficile, mais pour qui a le feu sacré, il a beaucoup à offrir.

Photo: Chapoleone, 2014

Choisir sa galerie et non sa galère.

Affiche du film "Faust" de F.W. Murnau, 1926

Nul besoin de vendre son âme au diable.  La galerie d’art constitue un excellent moyen, mais  non le seul moyen dont dispose l’artiste pour distribuer et faire connaître ses oeuvres.  Choisir sa galerie, c’est choisir un partenaire d’affaires.  Comme en amitié et en amour, votre coeur et vos valeurs  devraient guider votre choix.  Et comme pour le mariage, il vaut aussi mieux avoir un bon contrat si jamais le ciel s’avérait moins bleu que prévu.

Bien sûr, il y en a d’excellents galeristes et d’autres moins excellents.  Aussi, ce qui est idéal pour le voisin ne le sera pas nécessairement pour vous.  Ce qui importe surtout c’est de choisir en fonction de ce que vous êtes et de vos besoins pour ne pas être déçu.  Entrer en galerie ne règle pas tout non plus et ne vous déleste pas de la responsabilité de mener à bien vos objectifs.  Comme vous êtes beaux, talentueux, intelligents et sûrs de vous, vous éviterez le piège de sauter sur la première offre venue simplement par peur de tomber dans l’oubli.    Plusieurs frustrations dont je suis témoin viennent du fait que l’artiste n’a pas  su évaluer la nature de l’entente qui lui était proposée.  Une fois le contrat signé, difficile de revenir en arrière sans foutre tout en l’air.  Il y a de mauvaises ententes c’est vrai.  Il faut savoir les éviter.  Il y a aussi de bonnes ententes qui ne correspondent pas à nos attentes et nos objectifs.  Il faut aussi savoir les jauger.

Être représenté en galerie n’est pas une nécessité absolue.  Certains se débrouillent assez bien seuls.  Cela dépend bien sûr de vos objectifs et de vos possibilités.  Aussi, étant donné la difficulté d’entrer en galerie, pour plusieurs, ce n’est souvent même pas un choix.  Vendre soi-même ses oeuvres nécessite beaucoup d’efforts et la galerie a quand même de nombreux avantages quand on y a accès.  Il faut toutefois la choisir avec soin.

Exposer ce n’est pas seulement montrer des oeuvres, c’est aussi créer un événement.  C’est réseauter et échanger.  C’est faire parler de soi et de son travail.  Être choisi pour exposer lorsque c’est possible, donne aussi de la crédibilité à notre travail.

Pour ceux et celles qui n’arrivent pas à entrer en galerie, cela ne déprécie pas nécessairement la valeur du travail.  Beaucoup d’appelés, peu d’élus.  C’est souvent une question de timing et de circonstances.  Il existe une foule de lieux où il est possible d’exposer.  Plusieurs galeries aussi louent leurs murs à ceux et celles qui veulent organiser eux-mêmes leurs événements.  Ça peut s’avérer une bonne solution – mais il faut être prêt à y mettre l’effort et tout gérer soi-même.

Certaines galeries de ce type prendront toutefois en charge le vernissage, la promo  et les relations de presse et ont aussi souvent une liste d’envoi pour vos invitations.  Ils peuvent aussi parfois se charger du gardiennage et des ventes.  Tout a un prix.  L’expérience peut s’avérer coûteuse ou avantageuse selon le cas. À vous d’évaluer si le jeu en vaut la chandelle.

Certaines galeries conventionnelles acceptent aussi des expositions temporaires, d’artistes jugés intéressants.  Lorsque l’occasion semble bonne, il faut tenter sa chance.

Déterminez votre marché et vos besoins

Si vous cherchez une galerie qui vous représentera à long terme, faites vos démarches afin de trouver celles qui vous conviennent le mieux.  Pour bien choisir, il faut connaître ses besoins et son marché.  Savez-vous qui est susceptible d’acheter vos oeuvres?  Si votre profil correspond à la clientèle d’une galerie, vous aurez plus de chance d’y entrer et éventuellement d’y réussir.  Il faut aussi que la galerie corresponde à ce que vous êtes.  Allez  voir, regardez qui y expose.  Est-ce que les oeuvres que vous y voyez vous plaisent?  Voyez-vous bien votre travail à cet endroit?  Est-ce que les gens qui y travaillent vous ressemblent?  Est-ce que la communication est facile et l’atmosphère chaleureuse?

La galerie doit aussi offrir des services qui correspondent à vos besoins, et ce, à chaque étape de votre carrière.  Au moins pour la durée de l’entente.  Vous devez donc évaluer vos besoins.  Voulez-vous qu’on vous appuie dans votre développement de carrière?  Ce n’est pas nécessairement le but premier d’une galerie.  Posez des questions et évaluez leur capacité à vous aider.  Avez-vous l’ambition de développer le marché international?  Est-ce que la galerie dispose d’un réseau adéquat pour vous y mener?

Évaluez ce qu’on vous offre

Bravo! Extase!  Hourra!  La galerie convoitée démontre un intérêt pour votre travail. Vous voudrez certainement savoir comment vos oeuvres seront montrées, s’il y aura une rotation régulière et si vous aurez éventuellement l’occasion de monter des expositions solos et si oui, à quelle fréquence.  Des artistes tablettés dès le départ, ça existe, malheureusement.

Est-ce que la galerie achète ou prend en consignation vos oeuvres? Il est évident qu’une galerie qui achète vos oeuvres prend un risque plus important et sera justifiée de vous en donner un moindre prix.  Votre  galerie vous offrira fort probablement plutôt une consignation des oeuvres et vous paiera votre dû au moment de la vente, ce qui rend encore vos revenus incertains.  Elle peut aussi vous offrir un montant forfaitaire mensuel qui vous assure un revenu régulier.  Mais attention, il s’agit le plus souvent d’une avance de fonds sur votre part des ventes.  Il est possible que la galerie se réserve ainsi le droit de se rembourser à même votre inventaire.  Soyez certain de ce qu’on vous propose.

 Évaluez ce qu’on vous demande en retour

 Le taux de commission sur les ventes

Il devrait être en fonction de ce qui est offert et aussi tenir compte des autres frais s’il y a lieu.  Il peut être aussi bas que 25 % si vous payez aussi la location des murs.  Il peut aller jusqu’à 70 % pour une galerie plus prestigieuse.  À New York par exemple, certaines galeries vous chargeront ce taux en plus des frais d’exposition.  Certains jugeront qu’il peut être pertinent d’exposer quelque part pour la visibilité et/ou le prestige sans espérer en tirer profit.  Encore une fois, tout à un prix.  Il est à vous d’évaluer ce qui vaut la peine en fonction de vos besoins réels à chaque étape de votre carrière.

 L’exclusivité

Il n’est pas rare pour une galerie qui entend investir dans la promotion d’un(e) artiste d’exiger de lui ou d’elle une exclusivité.  Il est important d’évaluer si cette exclusivité est justifiée (en fonction de ce qui sera réellement investi) et si elle aura un impact sur d’autres aspects de votre carrière.  L’exclusivité devrait être limitée dans le temps (généralement la durée du contrat) et devrait s’appliquer à un territoire donné.  Si vous consentez l’exclusivité mondiale, assurez-vous que votre galerie a effectivement les contacts nécessaires pour vous promouvoir partout.  Sinon, limitez le territoire aux endroits où elle peut effectivement faire une différence.

 Autres frais

Il est important de vérifier si on vous exigera d’autres frais, par exemple, des frais d’exposition, abonnement annuel ou frais de promotion et de vernissage.  Croyez-le ou non, ça existe.  Il se peut aussi que ces services ne soient tout simplement pas offerts et donc de votre responsabilité.

 Productivité

Si votre entente est particulièrement avantageuse, il se peut qu’on vous incite à produire un certain nombre d’oeuvres par mois, voire par semaine.  Il est important pour vous d’évaluer votre capacité à rendre la marchandise selon votre rythme de travail et sans brimer votre équilibre et votre capacité créatrice.

 Les droits d’auteur

Est-ce que la galerie vous demande de céder en tout ou en partie vos droits d’auteur?   Il s’agit là d’une question des plus délicates.  Il est normal qu’on vous demande la permission de reproduire vos oeuvres pour des cartons d’invitations ou de les publier sur le site de la galerie par exemple.  Si des tirages (giclées ou sérigraphies) devaient être faits dans le but de vendre, vous devez y consentir séparément par écrit.  Vous ne devriez au grand jamais céder la totalité de vos droits à qui que ce soit.  Ce genre de clause pourrait être considéré abusif le cas échéant, mais vaut mieux être prudent.  Oui, je l’ai déjà vu dans un contrat.

 Le contrat

Sachez finalement qu’aux termes de la loi, le galeriste est requis de vous fournir un contrat.  Une entente verbale ne suffit pas.  Le RAAV publie à cet effet un excellent guide qui comprend des exemples de différents types de contrats (vente, consignation, etc.).  Pour ce qui est des contrats proposés par les galeries, je vous conseille de vous y pencher sérieusement avant de signer et de vous faire conseiller au besoin par un avocat, un agent ou toute personne bien avisée afin d’éviter de vous retrouver dans une situation qui ne correspond pas à vos désirs.  L’investissement peut éventuellement vous sauver bien des coûts et des soucis.

Je suis consciente que le marché est difficile et qu’il appartient à chacun de faire les compromis qu’il juge à propos.  Il est toujours mieux par contre de le faire en pleine connaissance de cause.  Je vous souhaite des ententes à la hauteur de vos attentes.  Et des galeristes honnêtes, malgré la croyance populaire, il y en a plein.  N’ayez donc pas peur de faire valoir ce qui est important pour vous.  Il s’agit de vos oeuvres, de votre carrière.  Le pouvoir doit rester entre vos mains.

Marcher vers l’autre : L’importance de la démarche artistique.

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O Pensador - Estudo de Carlos Botelho

O Pensador – Étude de Carlos Botelho, 2003

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Démarche:

n.f.  Manière de marcher. Manière d’agir.  Manière de progresser.

La démarche pour l’artiste vient éclairer sur sa façon d’avancer vers nous.  Sur ce qu’il ou elle a à dire, sur ça façon d’interroger le monde et sur sa façon de le communiquer.

Les objections courantes:

Bien des artistes sont rebutés par l’idée d’exprimer en mots ce qu’ils essaient de faire en images.  Est-il vraiment nécessaire d’expliquer?  Le spectateur ne devrait-il pas se laisser guider par sa propre perception?  Oui et non.  On pourrait voir le texte de démarche comme une introduction ou un guide.  Ce qui est nouveau ou étranger peut parfois échapper à la compréhension.  La démarche permet d’engager cette conversation avec l’autre.  Amener l’autre à entrer dans notre univers créatif.  Nul besoin de tout expliquer.  Il faut en effet laisser sa part de réflexion et d’extase à celui ou celle qui regarde.

Bien des artistes diront aussi que leur art est insufflé par l’émotion et ne devrait en aucun cas être rationalisé.  L’artiste selon moi gagne toutefois à  faire l’effort de rationaliser sa démarche, ne serait-ce que pour aider à la progression de son art.  Tout comme dans la vie, nos émotions peuvent parfois nous enfermer en nous-mêmes et nous empêcher d’avancer en s’imposant à nous sans cesse de la même façon.  Les émotions deviennent un moteur essentiel de création lorsque nous faisons l’effort de les comprendre.  Il ne s’agit pas de les étouffer, bien au contraire, mais de nous propulser à travers elles.

 À quoi peut bien servir une démarche?

C’est d’abord un outil de travail précieux.   Elle permet à l’artiste de clarifier et faire avancer sa réflexion.  Elle peut être issue d’une introspection personnelle.  Qu’est-ce que je veux dire? D’où viennent ces thèmes qui m’obsèdent, quelle est leur signification pour moi?  Il peut être intéressant d’aller voir ce que d’autres ont dit à propos de vos thèmes, chercher du côté des citations, de la signification symbolique et aussi du côté du travail d’autres artistes.  Cherchez votre inspiration là où votre instinct vous guide.  Votre intérêt peut se situer à plusieurs niveaux: politique, social, psychologique, philosophique, etc.  Il peut être principalement esthétique.

Dans tous les cas, vous devez définir au moins pour vous-même ce que vous voulez communiquer aux autres par votre art.  Il est intéressant aussi de définir vos influences, votre place par rapport aux artistes ou courants qui vous ont marqué.  Il est bien sûr de mise de parler de votre processus créateur, votre exploration technique, l’utilisation que vous faites des médiums et de vos préoccupations esthétiques.  Soyez curieux du travail des autres.  Discutez de votre démarche avec eux.  C’est souvent le meilleur moyen de faire avancer votre réflexion.

Votre texte devrait être révisé régulièrement, parce que le travail de création peut parfois évoluer rapidement.  Une situation bien désarmante  pour un jury que d’être confronté à une démarche intéressante et à des oeuvres qui le sont autant sans pouvoir faire le lien entre les deux.  Vous voudrez probablement aussi l’adapter à différents contextes, en fonction des gens à qui vous vous adressez.  Insistez aussi sur ce qui vous distingue.  Un peintre qui dit peindre parce que ça lui permet de s’exprimer ou parce qu’il aime la couleur n’attirera pas particulièrement l’attention.  Finalement, il faut distinguer le texte de démarche de votre notice biographique.  Il parle plus de votre travail que de vous.  Nul besoin de revenir sur votre parcours.  Le texte de démarche est une création en soit.  Il est aussi le reflet de ce que vous êtes et de votre style.  Soyez sincères.  Si un style plus poétique ou intellectuel est acceptable dans le contexte, il n’est cependant pas du tout obligatoire.  Soyez vous-mêmes et surtout concis et clairs.

Le texte de démarche constitue aussi un élément incontournable de la mise en marché et de la mise en valeur du travail de l’artiste.

Chaque fois que l’artiste est confronté à un processus de sélection, que ce soit pour un prix, une bourse ou pour une exposition, il devra fournir un texte de démarche.  Qu’on le veuille ou non, il est pratiquement incontournable.  Il donne crédibilité et sérieux à votre travail.  Il en facilite la compréhension.

Le texte de démarche sert aussi à présenter et mettre en valeur votre travail au public – lors d’une exposition, par exemple.  Il vous aidera aussi à mieux répondre aux demandes des médias.  Il guide le spectateur vers une compréhension plus sentie et plus approfondie de ce qui est montré.  Il lui permet de se sentir concerné et de développer son propre jugement ainsi que sa propre expérience de l’oeuvre.  Si vous souhaitez qu’on se penche sur votre travail, votre démarche doit susciter intérêt et curiosité.

Je vous laisse avec un autre excellent texte d’Éric Bolduc où il fait part de quelques trucs de son cru pour l’élaboration d’une démarche artistique.  La totalité de ses conseils aux jeunes artistes est disponible sur ratsdeville.

©Éric Bolduc

Conseil no 1 : rédiger sa démarche artistique

Une des premières choses à faire pour s’établir en tant qu’artiste est de trouver sa pratique, de comprendre ce que l’on fait, de le décrire et surtout de l’écrire. C’est la démarche artistique que bien peu d’entre nous aiment élaborer. Il semble que de vendre sa propre salade n’est pas une activité naturelle, on se trouve prétentieux ou encore, on ne trouve pas les mots .. C’est de l’art visuel, pas de la littérature ! La réalité est qu’une démarche artistique constitue la base pour se vendre. C’est grâce à ce groupe de phrases relativement cohérentes que nous pouvons faire le pont entre l’auditoire et les œuvres que nous créons, surtout lorsqu’il s’agit de faire des demandes auprès de galeries, proposer un projet pour un concours ou pour annoncer une exposition, se positionner au sein d’un groupe ou collectif artistique, etc.

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