Choisir sa galerie et non sa galère (2) – La répartition du risque

À chaque rediffusion de mon texte « Choisir sa galerie et non sa galère« , plusieurs artistes réagissent en me faisant part de leur propre expérience avec les galeries. Ce qui me saute aux yeux c’est le glissement de plus en plus fréquent dans la répartition du risque financier entre l’artiste et la galerie.

Il y a différents contextes pour lesquels vous vous associerez à une galerie. Il se peut que ce soit une entente à long terme ou dans le contexte d’une exposition temporaire solo ou de groupe. La galerie, selon les moyens dont elle dispose offre plusieurs avantages aux artistes: un local et une adresse connue du public, une notoriété, une visibilité sur les réseaux sociaux, une liste de clients, des préposés à l’accueil et à la vente sur place, des outils de promotion et parfois aussi un service de relations de presse pour assurer la diffusion de ses événements. Certaines galeries, moyennant contrepartie, offrent aussi le développement de la carrière de l’artiste lorsque la relation s’établit sur le long terme. Il est important de comprendre que tous ses services représentent pour la galerie des frais fixes, souvent importants. Selon les avantages et les services qu’elle offre, la galerie demandera toujours une contrepartie de l’artiste, le plus souvent sous forme de commission sur les ventes.

Or, comme la commission dépend justement des ventes, les revenus de la galerie, contrairement aux frais, sont loin d’être fixes et ne sont garantis d’aucune façon. Les galeries qui tirent le mieux leur épingle du jeu sont donc celles qui réussissent à vendre suffisamment pour payer les redevances aux artistes et couvrir leurs frais tout en dégageant un surplus. Principe économique élémentaire: réduire les dépenses et augmenter les ventes. Certaines galeries seront donc frileuses à accepter des artistes dont les ventes sont loin d’être garanties. En contexte économique difficile, certains se contenteront de valeurs sûres sur le marché. D’autres plus passionnés par leur rôle de diffuseurs offriront un mélange de valeurs sûres et de choix plus audacieux.  Dans tous les cas, c’est l’habileté à faire de bon choix et à les communiquer à sa clientèle qui sera garant du succès de la galerie. Le galeriste doit connaître le travail des artistes qu’il représente, le marché dans lequel il oeuvre et les goûts particuliers de sa clientèle. Il doit bien sûr être un médiateur de talent et transmettre son savoir et son goût de l’art à ses visiteurs. Il manoeuvre habilement dans un contexte où ses frais sont fixes et où les ventes dépendent de critères autant économiques qu’émotifs et sur lesquels il a peu de contrôle. N’est pas un bon galeriste qui veut et il y a malheureusement beaucoup trop d’amateurs sur le marché. Tout comme plusieurs s’imaginent qu’il est facile de s’improviser artiste, plusieurs pensent qu’il est aisé de vendre de l’art. Or, on ne vend pas de l’art comme on vend des chaussures….

Ce que je trouve inquiétant, c’est lorsque la galerie n’assume plus le risque inhérent à cette pratique particulière et transfère une partie de plus en plus importante de son risque financier à l’artiste. Est-ce que le galeriste le fait par facilité, par ignorance, par manque d’imagination ou de talent, par appât du gain ou parce que le marché ne lui laisse pas le choix? À vous d’en juger.

Il y a deux façons de transférer le risque financier à l’artiste: soit par l’application d’une commission de vente de plus en plus élevée, soit par le transfert de frais fixes à la charge de l’artiste (frais de promotion, frais de vernissage, etc) en surplus de la commission de vente.

Si vous considérez la démarche de votre galeriste légitime, les questions à vous poser, puisque vous achetez un service, sont:

  1. Est-ce que j’en ai pour mon argent? Est-ce que le prix demandé est compétitif? Est-ce que le service offert par la galerie justifie la somme qu’on me demande?
  2. Est-ce que j’en ai les moyens? Ne sachant pas d’avance le montant de mes revenus, est-ce que je peux absorber ces frais ou non?
  3. Est-ce que l’entente et le risque qu’on me demande de prendre en valent toujours le coût? Existe-t-il des alternatives à ma disposition?

Tout comme la galerie, l’artiste doit voir à un certain équilibre entre ses coûts et ses revenus et comme nous le voyons, il absorbe de plus en plus l’instabilité des revenus de vente. Dans certains cas, et je parle surtout des expositions temporaires, louer un local et même réserver les services d’un professionnel pour l’organisation de votre vernissage et votre mise en marché vous coûtera moins cher que ce que vous demande ces galeries nouveau genre.

Vous comprendrez que je ne suis pas d’emblée en faveur de ce nouveau « partage » des coûts dont il est question ici. Traditionnellement, les artistes se sont tournés vers les galeries justement pour leur capacité financière à assumer le risque des ventes incertaines et pour leur talent et les moyens à leur disposition pour diffuser et mettre en marché leur travail. Un bon galeriste croit en votre travail suffisamment pour y contribuer en prenant ce risque et en travaillant avec vous. Il sait qu’en agissant ainsi, votre succès sera le sien. C’est la relation que je vous souhaite.

L’agent ne fait pas le bonheur

http-www-lifeofpix-com-wp-content-uploads-2014-10-life-of-pix-free-stock-photos-handmade-hat-vintage-look-tattoo-chapoleone

Nombreux sont les artistes de tous les domaines qui espèrent un jour être « découverts » par quelqu’un qui reconnaîtra enfin leur talent et leur garantira la réussite et le succès.

J’ai le regret de vous annoncer que ça ne vous arrivera probablement jamais.

Même dans le merveilleux monde du showbiz, où on dépense beaucoup de salive et d’encre à vous faire croire à ces histoires de Cendrillon, ce n’est souvent qu’un prétexte pour vous émouvoir et vous faire acheter ce qu’on vous propose.

Ce qu’il faut pour réussir, c’est d’abord bien sûr un minimum de talent, mais surtout beaucoup, beaucoup de travail, une bonne dose de courage.
Vous ne serez pas sauvés par qui que ce soit. Vous êtes responsable de votre propre succès, même si vous avez un agent, même si vous avez une bonne galerie. Attendre que quelqu’un vous sauve, c’est une fausse excuse pour expliquer vos difficultés qui sont en tout point normales.

Parlons des vraies choses, voulez-vous?
Selon une étude menée par Hills Stratégies en 2010, le revenu net moyen des artistes visuels au Québec se situait autour de 2 100 $ par an.  Un agent gagne normalement entre 10 % et 25 % de vos revenus bruts de création, selon les tâches qu’il s’est engagé à prendre. Faites vos propres calculs. Vous devez donc quand même déjà gagner un minimum pour qu’un agent rétribué à commission puisse considérer le projet viable. 
Un agent aurait dans ses conditions à représenter plusieurs artistes en même temps, ce qui peut l’empêcher de bien faire son travail.  Cela ne veut pas dire qu’il ou elle ne trouve pas votre travail intéressant.  Il ou elle se tournera alors vers un artiste qui a déjà un revenu de création intéressant ou vous proposera un tarif à l’heure ou forfaitaire.

Qu’est-ce que vous attendez d’un agent ou d’une agente? (À part un miracle, on s’entend…)
Beaucoup d’artistes m’approchent avec une idée très peu précise de leurs besoins. Aidez-moi, croyez en moi, c’est ce qui principalement résume leur demande. Je crois en vous. Le problème n’est pas là. Votre premier réflexe devrait être d’analyser votre situation par rapport au marché. Vous avez produit un corpus d’oeuvres. Savez-vous quel public sera susceptible de s’y intéresser? Avez-vous réfléchi à la meilleure façon de faire connaître votre travail et le mettre en marché? Avez-vous un propos qui risque d’intéresser les médias? Comment voyez-vous la suite pour vous? Où vous imaginez-vous dans 10 ou 20 ans? Que voulez-vous vraiment accomplir? Qu’est-ce qui est synonyme de succès pour vous (la reconnaissance ou les revenus)? Comment croyez-vous pouvoir financer votre pratique en attendant qu’elle soit rentable? À quel niveau avez-vous VRAIMENT besoin d’une aide extérieure?
Plusieurs artistes, par exemple, ont leur propre site internet transactionnel ou font affaire avec une ou plusieurs galeries virtuelles. Ils participent régulièrement à des expositions collectives, des symposiums, etc. Ils diffusent abondamment et intelligemment leur travail sur les médias sociaux et réussissent à se bâtir une certaine clientèle.
Or, un de ces artistes pourrait vouloir organiser une exposition solo par lui-même, trouver une galerie permanente pour ses oeuvres, développer le marché international, travailler à sa visibilité dans les médias. Ce sont là des objectifs clairs et définis pour lesquels il pourrait avoir besoin d’une aide extérieure.

Comment choisir un agent ou une agente :
Si vous considérez que vous générez assez de revenus ou que vous disposez des fonds nécessaires pour vous prévaloir des services d’un agent, quels sont les critères à considérer afin de choisir la bonne personne?
Les agents d’artistes en arts visuels sont relativement peu nombreux et sont donc très sollicités. Il est important de dire que le métier dans le contexte spécifique des arts visuels n’est enseigné formellement nulle part au Québec à ce que je sache. Il n’existe pas d’ordre professionnel non plus. N’importe qui peut se réclamer agent et il importe donc de vérifier les compétences de la personne selon la tâche qu’on lui demandera d’accomplir.
Certains agents se contenteront de vous trouver une galerie (ce qui est déjà beaucoup) et pourront réclamer une commission sur l’ensemble de vos ventes futures à cette galerie.
Certains s’occuperont aussi de la gestion de vos droits d’auteur (le cas échéant), de vos relations de presse, de votre comptabilité, de l’organisation de vos événements, de votre agenda, etc.  Tout se paie et la commission ou le salaire que vous versez à votre agent devrait refléter le travail accompli. Il est aussi possible de recourir à certains services ponctuels (relations de presse et organisation d’une exposition par exemple) moyennant une somme forfaitaire. Soyez donc conscients de vos besoins et négociez les tarifs en conséquence.
Finalement, un artiste ne peut choisir un agent, et un agent un artiste, selon des critères purement commerciaux, comme ce serait le cas pour toute autre relation d’affaires. Il s’agit souvent d’une relation très proche et c’est pourquoi certains artistes choisiront quelqu’un de leur entourage immédiat pour la tâche. La relation exige en effet une très grande confiance de part et d’autre, de la complicité, de la transparence, une vision et un engagement partagés.
Si vous avez trouvé votre perle rare, il est toujours préférable de se munir d’un contrat afin que les droits, devoirs et obligations de chaque partie soient bien définis en cas de litige.

Comment présenter votre travail à un agent ou une agente?
N’oubliez pas que ce que vous sollicitez est une relation d’affaires et il y a une certaine éthique à respecter à cet égard, comme pour tout autre contexte similaire.   Premièrement, il est poli de demander si la personne sollicite une nouvelle clientèle, ce qui n’est pas toujours le cas.
Des tactiques du type simple message qui dit seulement « toi et moi nous sommes faits l’un pour l’autre » accompagné d’une adresse web peuvent sembler louches et donner   la vague impression d’un soir de déprime sur Réseau-Contact.
Ce n’est pas parce qu’une personne a accepté votre demande sur un réseau social qu’elle se précipite pour aller voir votre portefolio en ligne.  
Sollicitez un agent de la même manière que vous solliciteriez un employeur. Soyez conscient que la personne que vous contactez a probablement un horaire chargé et qu’elle est sollicitée à maintes reprises par des personnes souvent aussi talentueuses et motivées que vous. Soyez clairs, soyez précis. Présentez-vous et exprimez clairement ce que vous voulez. Ne demandez pas à l’agent d’avoir à vous chercher pour voir votre travail. Fournissez des liens directs ou des photos et des informations précises et succinctes qui n’auront pas besoin d’être téléchargées au préalable. Le courriel sera le moyen de transmission privilégié, car il permettra à la personne de regarder au moment qui lui conviendra. Si vous devez absolument utiliser le téléphone, respectez les heures normales d’affaires. Finalement, si vous êtes à la recherche d’une association à long terme, essayez de voir si l’agent en question semble avoir des affinités avec vous, par le biais des projets qu’il ou elle a réalisés et par le biais des artistes qu’il ou elle représente. 

Quelles sont vos alternatives?
Comme je le mentionnais au début, peu d’artistes auront au cours de leur vie à se prévaloir des services d’un agent ou d’une agente. L’important, que vous ayez un agent ou non, est d’être en contrôle de votre carrière et d’avoir des objectifs relativement clairs. Informez-vous, soyez en contact avec d’autres artistes, galeristes et professionnels des arts visuels. Construisez-vous une banque de contacts. Il y a aussi des formations qui ont pour but de vous aider à mieux porter tous les chapeaux requis pour le métier et vous pouvez toujours avoir recours à de l’aider professionnelle ponctuelle. Bref, prenez votre destin en main. N’attendez pas d’être sauvés. Le métier d’artiste est un métier difficile, mais pour qui a le feu sacré, il a beaucoup à offrir.

Photo: Chapoleone, 2014

Choisir sa galerie et non sa galère.

Affiche du film "Faust" de F.W. Murnau, 1926

Nul besoin de vendre son âme au diable.  La galerie d’art constitue un excellent moyen, mais  non le seul moyen dont dispose l’artiste pour distribuer et faire connaître ses oeuvres.  Choisir sa galerie, c’est choisir un partenaire d’affaires.  Comme en amitié et en amour, votre coeur et vos valeurs  devraient guider votre choix.  Et comme pour le mariage, il vaut aussi mieux avoir un bon contrat si jamais le ciel s’avérait moins bleu que prévu.

Bien sûr, il y en a d’excellents galeristes et d’autres moins excellents.  Aussi, ce qui est idéal pour le voisin ne le sera pas nécessairement pour vous.  Ce qui importe surtout c’est de choisir en fonction de ce que vous êtes et de vos besoins pour ne pas être déçu.  Entrer en galerie ne règle pas tout non plus et ne vous déleste pas de la responsabilité de mener à bien vos objectifs.  Comme vous êtes beaux, talentueux, intelligents et sûrs de vous, vous éviterez le piège de sauter sur la première offre venue simplement par peur de tomber dans l’oubli.    Plusieurs frustrations dont je suis témoin viennent du fait que l’artiste n’a pas  su évaluer la nature de l’entente qui lui était proposée.  Une fois le contrat signé, difficile de revenir en arrière sans foutre tout en l’air.  Il y a de mauvaises ententes c’est vrai.  Il faut savoir les éviter.  Il y a aussi de bonnes ententes qui ne correspondent pas à nos attentes et nos objectifs.  Il faut aussi savoir les jauger.

Être représenté en galerie n’est pas une nécessité absolue.  Certains se débrouillent assez bien seuls.  Cela dépend bien sûr de vos objectifs et de vos possibilités.  Aussi, étant donné la difficulté d’entrer en galerie, pour plusieurs, ce n’est souvent même pas un choix.  Vendre soi-même ses oeuvres nécessite beaucoup d’efforts et la galerie a quand même de nombreux avantages quand on y a accès.  Il faut toutefois la choisir avec soin.

Exposer ce n’est pas seulement montrer des oeuvres, c’est aussi créer un événement.  C’est réseauter et échanger.  C’est faire parler de soi et de son travail.  Être choisi pour exposer lorsque c’est possible, donne aussi de la crédibilité à notre travail.

Pour ceux et celles qui n’arrivent pas à entrer en galerie, cela ne déprécie pas nécessairement la valeur du travail.  Beaucoup d’appelés, peu d’élus.  C’est souvent une question de timing et de circonstances.  Il existe une foule de lieux où il est possible d’exposer.  Plusieurs galeries aussi louent leurs murs à ceux et celles qui veulent organiser eux-mêmes leurs événements.  Ça peut s’avérer une bonne solution – mais il faut être prêt à y mettre l’effort et tout gérer soi-même.

Certaines galeries de ce type prendront toutefois en charge le vernissage, la promo  et les relations de presse et ont aussi souvent une liste d’envoi pour vos invitations.  Ils peuvent aussi parfois se charger du gardiennage et des ventes.  Tout a un prix.  L’expérience peut s’avérer coûteuse ou avantageuse selon le cas. À vous d’évaluer si le jeu en vaut la chandelle.

Certaines galeries conventionnelles acceptent aussi des expositions temporaires, d’artistes jugés intéressants.  Lorsque l’occasion semble bonne, il faut tenter sa chance.

Déterminez votre marché et vos besoins

Si vous cherchez une galerie qui vous représentera à long terme, faites vos démarches afin de trouver celles qui vous conviennent le mieux.  Pour bien choisir, il faut connaître ses besoins et son marché.  Savez-vous qui est susceptible d’acheter vos oeuvres?  Si votre profil correspond à la clientèle d’une galerie, vous aurez plus de chance d’y entrer et éventuellement d’y réussir.  Il faut aussi que la galerie corresponde à ce que vous êtes.  Allez  voir, regardez qui y expose.  Est-ce que les oeuvres que vous y voyez vous plaisent?  Voyez-vous bien votre travail à cet endroit?  Est-ce que les gens qui y travaillent vous ressemblent?  Est-ce que la communication est facile et l’atmosphère chaleureuse?

La galerie doit aussi offrir des services qui correspondent à vos besoins, et ce, à chaque étape de votre carrière.  Au moins pour la durée de l’entente.  Vous devez donc évaluer vos besoins.  Voulez-vous qu’on vous appuie dans votre développement de carrière?  Ce n’est pas nécessairement le but premier d’une galerie.  Posez des questions et évaluez leur capacité à vous aider.  Avez-vous l’ambition de développer le marché international?  Est-ce que la galerie dispose d’un réseau adéquat pour vous y mener?

Évaluez ce qu’on vous offre

Bravo! Extase!  Hourra!  La galerie convoitée démontre un intérêt pour votre travail. Vous voudrez certainement savoir comment vos oeuvres seront montrées, s’il y aura une rotation régulière et si vous aurez éventuellement l’occasion de monter des expositions solos et si oui, à quelle fréquence.  Des artistes tablettés dès le départ, ça existe, malheureusement.

Est-ce que la galerie achète ou prend en consignation vos oeuvres? Il est évident qu’une galerie qui achète vos oeuvres prend un risque plus important et sera justifiée de vous en donner un moindre prix.  Votre  galerie vous offrira fort probablement plutôt une consignation des oeuvres et vous paiera votre dû au moment de la vente, ce qui rend encore vos revenus incertains.  Elle peut aussi vous offrir un montant forfaitaire mensuel qui vous assure un revenu régulier.  Mais attention, il s’agit le plus souvent d’une avance de fonds sur votre part des ventes.  Il est possible que la galerie se réserve ainsi le droit de se rembourser à même votre inventaire.  Soyez certain de ce qu’on vous propose.

 Évaluez ce qu’on vous demande en retour

 Le taux de commission sur les ventes

Il devrait être en fonction de ce qui est offert et aussi tenir compte des autres frais s’il y a lieu.  Il peut être aussi bas que 25 % si vous payez aussi la location des murs.  Il peut aller jusqu’à 70 % pour une galerie plus prestigieuse.  À New York par exemple, certaines galeries vous chargeront ce taux en plus des frais d’exposition.  Certains jugeront qu’il peut être pertinent d’exposer quelque part pour la visibilité et/ou le prestige sans espérer en tirer profit.  Encore une fois, tout à un prix.  Il est à vous d’évaluer ce qui vaut la peine en fonction de vos besoins réels à chaque étape de votre carrière.

 L’exclusivité

Il n’est pas rare pour une galerie qui entend investir dans la promotion d’un(e) artiste d’exiger de lui ou d’elle une exclusivité.  Il est important d’évaluer si cette exclusivité est justifiée (en fonction de ce qui sera réellement investi) et si elle aura un impact sur d’autres aspects de votre carrière.  L’exclusivité devrait être limitée dans le temps (généralement la durée du contrat) et devrait s’appliquer à un territoire donné.  Si vous consentez l’exclusivité mondiale, assurez-vous que votre galerie a effectivement les contacts nécessaires pour vous promouvoir partout.  Sinon, limitez le territoire aux endroits où elle peut effectivement faire une différence.

 Autres frais

Il est important de vérifier si on vous exigera d’autres frais, par exemple, des frais d’exposition, abonnement annuel ou frais de promotion et de vernissage.  Croyez-le ou non, ça existe.  Il se peut aussi que ces services ne soient tout simplement pas offerts et donc de votre responsabilité.

 Productivité

Si votre entente est particulièrement avantageuse, il se peut qu’on vous incite à produire un certain nombre d’oeuvres par mois, voire par semaine.  Il est important pour vous d’évaluer votre capacité à rendre la marchandise selon votre rythme de travail et sans brimer votre équilibre et votre capacité créatrice.

 Les droits d’auteur

Est-ce que la galerie vous demande de céder en tout ou en partie vos droits d’auteur?   Il s’agit là d’une question des plus délicates.  Il est normal qu’on vous demande la permission de reproduire vos oeuvres pour des cartons d’invitations ou de les publier sur le site de la galerie par exemple.  Si des tirages (giclées ou sérigraphies) devaient être faits dans le but de vendre, vous devez y consentir séparément par écrit.  Vous ne devriez au grand jamais céder la totalité de vos droits à qui que ce soit.  Ce genre de clause pourrait être considéré abusif le cas échéant, mais vaut mieux être prudent.  Oui, je l’ai déjà vu dans un contrat.

 Le contrat

Sachez finalement qu’aux termes de la loi, le galeriste est requis de vous fournir un contrat.  Une entente verbale ne suffit pas.  Le RAAV publie à cet effet un excellent guide qui comprend des exemples de différents types de contrats (vente, consignation, etc.).  Pour ce qui est des contrats proposés par les galeries, je vous conseille de vous y pencher sérieusement avant de signer et de vous faire conseiller au besoin par un avocat, un agent ou toute personne bien avisée afin d’éviter de vous retrouver dans une situation qui ne correspond pas à vos désirs.  L’investissement peut éventuellement vous sauver bien des coûts et des soucis.

Je suis consciente que le marché est difficile et qu’il appartient à chacun de faire les compromis qu’il juge à propos.  Il est toujours mieux par contre de le faire en pleine connaissance de cause.  Je vous souhaite des ententes à la hauteur de vos attentes.  Et des galeristes honnêtes, malgré la croyance populaire, il y en a plein.  N’ayez donc pas peur de faire valoir ce qui est important pour vous.  Il s’agit de vos oeuvres, de votre carrière.  Le pouvoir doit rester entre vos mains.

Marcher vers l’autre : L’importance de la démarche artistique.

.

O Pensador - Estudo de Carlos Botelho

O Pensador – Étude de Carlos Botelho, 2003

.

Démarche:

n.f.  Manière de marcher. Manière d’agir.  Manière de progresser.

La démarche pour l’artiste vient éclairer sur sa façon d’avancer vers nous.  Sur ce qu’il ou elle a à dire, sur ça façon d’interroger le monde et sur sa façon de le communiquer.

Les objections courantes:

Bien des artistes sont rebutés par l’idée d’exprimer en mots ce qu’ils essaient de faire en images.  Est-il vraiment nécessaire d’expliquer?  Le spectateur ne devrait-il pas se laisser guider par sa propre perception?  Oui et non.  On pourrait voir le texte de démarche comme une introduction ou un guide.  Ce qui est nouveau ou étranger peut parfois échapper à la compréhension.  La démarche permet d’engager cette conversation avec l’autre.  Amener l’autre à entrer dans notre univers créatif.  Nul besoin de tout expliquer.  Il faut en effet laisser sa part de réflexion et d’extase à celui ou celle qui regarde.

Bien des artistes diront aussi que leur art est insufflé par l’émotion et ne devrait en aucun cas être rationalisé.  L’artiste selon moi gagne toutefois à  faire l’effort de rationaliser sa démarche, ne serait-ce que pour aider à la progression de son art.  Tout comme dans la vie, nos émotions peuvent parfois nous enfermer en nous-mêmes et nous empêcher d’avancer en s’imposant à nous sans cesse de la même façon.  Les émotions deviennent un moteur essentiel de création lorsque nous faisons l’effort de les comprendre.  Il ne s’agit pas de les étouffer, bien au contraire, mais de nous propulser à travers elles.

 À quoi peut bien servir une démarche?

C’est d’abord un outil de travail précieux.   Elle permet à l’artiste de clarifier et faire avancer sa réflexion.  Elle peut être issue d’une introspection personnelle.  Qu’est-ce que je veux dire? D’où viennent ces thèmes qui m’obsèdent, quelle est leur signification pour moi?  Il peut être intéressant d’aller voir ce que d’autres ont dit à propos de vos thèmes, chercher du côté des citations, de la signification symbolique et aussi du côté du travail d’autres artistes.  Cherchez votre inspiration là où votre instinct vous guide.  Votre intérêt peut se situer à plusieurs niveaux: politique, social, psychologique, philosophique, etc.  Il peut être principalement esthétique.

Dans tous les cas, vous devez définir au moins pour vous-même ce que vous voulez communiquer aux autres par votre art.  Il est intéressant aussi de définir vos influences, votre place par rapport aux artistes ou courants qui vous ont marqué.  Il est bien sûr de mise de parler de votre processus créateur, votre exploration technique, l’utilisation que vous faites des médiums et de vos préoccupations esthétiques.  Soyez curieux du travail des autres.  Discutez de votre démarche avec eux.  C’est souvent le meilleur moyen de faire avancer votre réflexion.

Votre texte devrait être révisé régulièrement, parce que le travail de création peut parfois évoluer rapidement.  Une situation bien désarmante  pour un jury que d’être confronté à une démarche intéressante et à des oeuvres qui le sont autant sans pouvoir faire le lien entre les deux.  Vous voudrez probablement aussi l’adapter à différents contextes, en fonction des gens à qui vous vous adressez.  Insistez aussi sur ce qui vous distingue.  Un peintre qui dit peindre parce que ça lui permet de s’exprimer ou parce qu’il aime la couleur n’attirera pas particulièrement l’attention.  Finalement, il faut distinguer le texte de démarche de votre notice biographique.  Il parle plus de votre travail que de vous.  Nul besoin de revenir sur votre parcours.  Le texte de démarche est une création en soit.  Il est aussi le reflet de ce que vous êtes et de votre style.  Soyez sincères.  Si un style plus poétique ou intellectuel est acceptable dans le contexte, il n’est cependant pas du tout obligatoire.  Soyez vous-mêmes et surtout concis et clairs.

Le texte de démarche constitue aussi un élément incontournable de la mise en marché et de la mise en valeur du travail de l’artiste.

Chaque fois que l’artiste est confronté à un processus de sélection, que ce soit pour un prix, une bourse ou pour une exposition, il devra fournir un texte de démarche.  Qu’on le veuille ou non, il est pratiquement incontournable.  Il donne crédibilité et sérieux à votre travail.  Il en facilite la compréhension.

Le texte de démarche sert aussi à présenter et mettre en valeur votre travail au public – lors d’une exposition, par exemple.  Il vous aidera aussi à mieux répondre aux demandes des médias.  Il guide le spectateur vers une compréhension plus sentie et plus approfondie de ce qui est montré.  Il lui permet de se sentir concerné et de développer son propre jugement ainsi que sa propre expérience de l’oeuvre.  Si vous souhaitez qu’on se penche sur votre travail, votre démarche doit susciter intérêt et curiosité.

Je vous laisse avec un autre excellent texte d’Éric Bolduc où il fait part de quelques trucs de son cru pour l’élaboration d’une démarche artistique.  La totalité de ses conseils aux jeunes artistes est disponible sur ratsdeville.

©Éric Bolduc

Conseil no 1 : rédiger sa démarche artistique

Une des premières choses à faire pour s’établir en tant qu’artiste est de trouver sa pratique, de comprendre ce que l’on fait, de le décrire et surtout de l’écrire. C’est la démarche artistique que bien peu d’entre nous aiment élaborer. Il semble que de vendre sa propre salade n’est pas une activité naturelle, on se trouve prétentieux ou encore, on ne trouve pas les mots .. C’est de l’art visuel, pas de la littérature ! La réalité est qu’une démarche artistique constitue la base pour se vendre. C’est grâce à ce groupe de phrases relativement cohérentes que nous pouvons faire le pont entre l’auditoire et les œuvres que nous créons, surtout lorsqu’il s’agit de faire des demandes auprès de galeries, proposer un projet pour un concours ou pour annoncer une exposition, se positionner au sein d’un groupe ou collectif artistique, etc.

Cliquez ici pour la suite.

Le succès d’un artiste. Non, ceci n’est pas une pipe.

René Magritte, La trahison des images, 1929

.

Quand je rencontre un artiste pour la première fois, il me parle le plus souvent de ces deux rêves: celui d’être un jour reconnu pour son art et celui de pouvoir en vivre.  Quelques uns espèrent aussi être « découverts ».  Qu’un agent ou une galerie les prenne en charge et les porte aux nues.  J’aimerais bien pouvoir promettre ce succès.  S’il n’en tenait qu’à moi, un bon nombre d’entre vous seriez déjà riches et célèbres avec mention spéciale dans les ouvrages d’histoire de l’art!

Il y a peu d’agents dans le domaine des arts visuels et ils ont le plus souvent peu ou pas rapport avec ce qu’on appelle un impresario.  Plusieurs de ses agents proposent d’être des intermédiaires pour la vente de vos tableaux, à l’instar de plusieurs galeristes.  D’autres vous proposeront aussi de vous épauler dans le développement de votre carrière.  Ce qui est plus rare.  Cette activité à elle seule garantit difficilement la rentabilité à court terme.  Et il faut manger.  D’autres fins finauds à l’esprit hollywoodien vous promettront la gloire sans effort si vous remettez votre sort (et vos tableaux) entre leurs mains.  Le métier n’est pas réglementé.  Il n’existe aucun contrôle sur qui peut l’exercer. Il importe d’être vigilant.  Tout au long de votre carrière, vous serez confrontés au chant des sirènes: la visibilité, la gloire, les toiles qui se vendent à gros prix ou tout simplement la reconnaissance de la critique.  Au risque d’être rabat-joie, je vous dirais que tout s’acquiert en grande partie par le travail et avec le temps. Ce qui n’exclut pas une bonne stratégie.   Je soupçonne qu’être la saveur du mois ou le « one-hit wonder » ne fait pas partie de votre plan.  Apprenez à détecter les charlatans.

C’est avec mon père que j’ai appris à faire des affaires. À son contact, j’ai compris qu’il y avait deux types de vendeurs :

Celui qui nous fait miroiter la lune et nous vend à gros prix ce dont nous n’avons pas vraiment besoin. Ce genre de vendeur s’enrichit souvent rapidement, mais entre vous et moi, on y va une fois et la plupart du temps, on n’y retourne pas.

Le deuxième type prendra le temps de vous écouter et vous conseillera un produit qui devrait répondre à votre besoin. Sans plus. Vous aurez envie d’y retourner, parce que vous lui faites confiance. Ce genre de vendeur bâtira son succès lentement, mais sûrement.

J’ai choisi de croire qu’il  est possible de survivre à un monde capitaliste et individualiste en conservant ses valeurs et sans être une victime. De plus, je crois que le succès n’est pas uniquement une question d’argent, ni de visibilité. Il est ancré à notre définition du bonheur et de notre estime de soi. Aimez-vous ce que vous voyez dans le miroir chaque matin? Êtes-vous heureux? Pouvez-vous affirmer que vous agissez conformément à vos valeurs, vos idéaux, votre plan de vie?  Accomplissez-vous vos rêves?

Mon père a eu une bonne vie, quoique trop courte, avec, comme la plupart du monde, son lot de difficultés. Lorsqu’il est mort, l’église était pleine à craquer de gens tristes de le voir partir, dont un très grand nombre de clients et de collègues de travail.  À ce moment précis, j’ai décidé ce que voulait dire pour moi réussir.  Ça déborde largement le cadre du travail.

En tant qu’artiste, comme tout le monde, vous devrez tôt ou tard répondre à cette question, ainsi qu’à plusieurs autres, notamment:

Quelle sorte d’artiste êtes-vous?

Quels sont vos objectifs de carrière?

Quelles sont les valeurs qui vous motivent à poursuivre cette voie?

Quelle quantité d’efforts êtes-vous en mesure de fournir?

De quelle sorte d’aide avez-vous besoin?

Au moment de vous lancer, regardez-vous sans fard. Qui êtes-vous, que voulez-vous devenir et qui sont les gens qui apprécient votre art? Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise voie. Il y a des artistes de recherche qui ont une approche plus intellectuelle et qui font avancer notre conception de l’art.  À l’opposé, certains feront de l’art dit « décoratif ». Ils apportent la joie. Ils sont des marchands de bonheur en quelque sorte. Entre les deux, des tas de nuances. Des artistes qui cherchent, qui réfléchissent et qui communiquent un message, mais  qui veulent aussi être vus, reconnus, compris. L’art est une communication et il y a plusieurs langages possibles.  Seulement vous pouvez déterminer les critères de votre succès et c’est sur eux que vous devriez construire votre plan de carrière.

La seule vraie définition du succès est la vôtre et une des seules façons d’y arriver est… l’effort. On dit qu’un artiste qui réussit c’est 15 % de talent et 85 % d’effort. On peut argumenter sur le pourcentage, mais tout de même. No such thing as a free lunch.  Plusieurs croient que les artistes sont des rêveurs oisifs. Ceux et celles qui réussissent sont en fait des bourreaux de travail. Ils sont animés d’une passion qu’on voit rarement dans d’autres domaines. Être artiste n’est pas un simple boulot. C’est un état d’être. L’esprit tourne constamment. Il ne se met pas à « off » le vendredi soir.  Si l’artiste travaille fort, réussira-t’il pour autant?  S’il réussit, sera-t’il riche pour autant?  Pas toujours.

Qui plus est, faites-vous vraiment de l’art pour être riche? Il y a certes, des métiers plus lucratifs. Est-ce que le succès d’un artiste s’évalue au nombre de toiles vendues ou à la qualité de son art et de son message?  Cela dit, il vous faut gagner votre vie. Le profit que vous tirerez de vos activités artistiques (ou souvent autres) déterminera votre durée. Être artiste, c’est être entrepreneur. Des entrepreneurs sincères et honnêtes, ça existe. Il faut arrêter d’avoir peur de l’argent.  Vous pouvez tirer profit de votre art et parfois même en vivre  sans perdre votre âme nécessairement.  Il vous faudra peut-être aussi (et fort probablement) gagner votre vie autrement.  Parfois il vaut mieux séparer art et argent comme le suggère Éric Bolduc dans un de ses conseils pour jeunes artistes (voir plus bas).

Finalement, voulez-vous vraiment confier la direction de votre carrière à quelqu’un d’autre?  À mon avis, c’est la pire des tentations à laquelle vous devrez résister.  Ce serait tellement plus facile de vous défaire de cette responsabilité, non?  Tout au long de votre parcours, vous aurez certainement besoin de l’aide de plusieurs personnes, que ce soit pour votre comptabilité, pour votre mise en marché, pour vos relations de presse ou pour la gestion de vos droits d’auteur.  Peu importe l’aide que vous irez chercher, gardez toujours la main sur le gouvernail, car seul vous pouvez décider de la destination.

Je vous présente ici, avec la permission de l’auteur, cet excellent texte qui fait écho à mon propos.  Il existe 9 de ces conseils que je vous inviterai prochainement à découvrir ici dans le désordre.  Pour ceux et celles qui aiment prendre de l’avance, ils sont tous disponibles sur le site de ratsdeville.  Voici donc le conseil no. 8.

Conseil no 8 : vivre avec (et non de) son art

Dans tous les domaines, on pourrait plaider l’attitude de ne pas prendre pour acquis quoi que ce soit. À chaque instant, il est possible que tout vacille d’un coup et que notre occupation d’aujourd’hui ne puisse nous assurer le revenu de demain. Une pratique artistique nous incite souvent à cultiver cette perspective activement. Toute stabilité relative est précaire, surtout le succès d’une production artistique d’un point de vue de marchandise. Même lorsque ça marche, on ne peut pas compter là-dessus pour vivre.

Il y a des exceptions qui confirment la règle, des artistes qui se consacrent uniquement à la production d’œuvres qui sont vendues et leur rapportent une certaine rente, mais à quel prix ? J’entends par prix le nombre d’heures dévouées à la production, les matériaux, le loyer et tout le travail administratif qui vient avec la pratique, les demandes de sub, la documentation, le démarchage auprès de la clientèle, les investissements divers, voire l’éducation. Avec tous les bons éléments en place et un peu de chance, même l’artiste « qui réussit » gagne à cultiver des aptitudes et compétences parallèles à son art.

(Suite)

Tendre poison.

Je peins à l’huile.  Ou plutôt je peignais.  Il y a une dizaine d’années, voulant renouer avec ma pratique, j’ai enligné, semaine après semaine, de longues heures heureuses de peinture, dans mon petit salon transformé en atelier au milieu d’enfants qui jouent, entre les brassées de lavage et les  repas à préparer.  J’étais loin de me douter des dangers que pouvait représenter mon art pour ma santé.  Pourtant, quelques années auparavant, une de mes amies a été prise d’un mal étrange.  Des journées de 15 heures dans un laboratoire photo mal ventilé à bouffer son petit sandwich avec des doigts ayant trempé dans les produits de développement lui auront fait frôler la mort.  Elle s’en est sortie avec un oeil décoloré et un tremblement chronique des mains qui l’ont privé de sa motricité fine et une intolérance sévère aux phénols.  J’ai à mon tour été prise de migraines violentes, d’étourdissements et de nausées et de vomissements de plus en plus fréquents, jusqu’à me clouer au lit presque un jour sur deux.  Aucun médecin ne semblait comprendre mon mal.  Il aura fallu plus d’un an pour qu’un spécialiste soupçonne une intoxication aux solvants et une hypersensibilité à tout produit volatil comme résultat.  Une combinaison probable de taltine et de produits ménagers serait en cause, malgré cette fenêtre toujours entrouverte dans l’atelier.  La taltine est moins dangereuse que la térébenthine, mais plus traître parce que sans odeur.  Ce sont là bien sûr des extrêmes, mais probables.   C’est en vaporisant un vernis sur un dessin que Frederic Back a perdu l’usage de son oeil droit.

Il ne s’agit pas de s’alarmer, mais de prendre conscience.  Les artistes manipulent des produits qui sont soumis à des règles de sécurité strictes dans d’autres industries.  Pourtant, peu en sont réellement conscients et prennent la chose au sérieux.  C’était mon cas.  Connaître les dangers et les moyens simples et efficaces de les prévenir devrait être la priorité de chacun et chacune.  Surtout lorsqu’on travaille à la maison.  Sachez que les animaux domestiques et les jeunes enfants sont plus vulnérables que vous.  Personne n’a les moyens de perdre sa santé au travail et je suis convaincue que 99,9 % d’entre vous ne cotisent pas à la CSST non plus!

Plusieurs produits que vous utilisez régulièrement à l’atelier peuvent vous rendre très malade si vous n’y portez pas attention.  Ces produits vous les inhalez en poussières fines, vous les ingurgitez sans vous en rendre compte en mettant le manche de votre pinceau dans votre bouche par exemple ou en traînant vos poussières à la cuisine.  Vous trempez vos mains dedans et les absorbez par la peau.  C’est sans compter les risques d’inflammabilité.

Voici quelques exemples :

Les pigments :

Les pigments en poudre par leur légèreté peuvent être inhalés ou ingérés par accident très aisément.  Ces pigments se retrouvent aussi dans la peinture, tant à l’huile qu’à l’acrylique ainsi que dans certains gouaches et encres de couleur.  Les ingrédients dont il faut se méfier sont le plomb, le cadmium, le cobalt et le manganèse.

Vérifiez les ingrédients et au besoin, demandez des détails à votre détaillant et si nécessaire, vous pouvez également demander la fiche signalétique du produit au fabricant.  Rassurez-vous, ce n’est pas parce qu’il y a les mots cadmium ou cobalt dans le nom de la couleur que le produit en contient nécessairement.  De nos jours, plusieurs des pigments les plus toxiques ont été remplacés par d’autres, plus sécuritaires, qui imitent la couleur d’origine, mais il vaut toujours mieux s’informer.

Les peintures acryliques et à l’huile :

En plus des pigments, les deux types de peinture contiennent des solvants.  Dans le cas de l’huile, les solvants sont aussi utilisés pour diluer ou nettoyer.

Les solvants :

La plupart des solvants sont absorbés par la peau et peuvent aussi causer des irritations.  Leur inhalation peut entraîner des problèmes sévères allant jusqu’aux dommages cérébraux et au coma en très forte concentration.  L’ingestion peut quant à elle entraîner la mort.  Les résines naturelles et l’encaustique représentent aussi certains dangers et les solvants aux agrumes ne seraient pas plus sécuritaires que les solvants à base de pin.

Les « cacannes » :

Pour les produits pulvérisés soit en bombe ou avec un airbrush, les risques d’inhalation de particules sont assez élevés pour justifier l’utilisation d’un masque en tout temps.  Cela inclut aussi et surtout les fixatifs en aérosol, qu’ils soient retouchables ou permanents, qui contiennent en plus des solvants, des particules de plastique.

Pour ce qui est du dessin, maintenant.  Le fusain est en quelque sorte du charbon de bois.  Il n’est pas toxique en tant que tel, mais une inhalation importante peut causer des irritations pulmonaires.  Les pastels secs quant à eux sont beaucoup moins innocents à cause des pigments qu’ils contiennent. Encore une fois, le plomb et le cadmium sont en cause.  Pour ma part, j’utilise toujours un masque à poussières.  Les pastels à l’huile seraient moins dangereux du fait qu’ils ne libèrent pas de poussière inhalables.  Ne les mettez pas dans votre bouche par inadvertance par contre.  Les émanations de certains marqueurs (feutres) à base de solvants, dont le xylène, sont aussi très toxiques.  Il est préférable d’utiliser, lorsque possible, des marqueurs à base d’eau ou travailler dans un endroit bien ventilé.

La sculpture sur pierre ou sur bois comporte aussi certains risques liés à la poussière (certaines pierres entre autres contiennent de l’amiante), aux vibrations des outils et au bruit.  Le développement de photos traditionnel ainsi que la gravure comportent aussi des risques d’intoxication importants liés aux produits utilisés.

Travaillez toujours dans un endroit bien ventilé.  Autant que faire se peut, portez des gants lorsque vous travaillez avec les peintures, vernis, liants et solvants, pigments…  Lavez vos mains avant de boire, manger, fumer.  Laver avec un linge humide toutes les surfaces couvertes de particules.  Portez un masque à poussière ou un masque à émanations lorsque justifié.  Nos artistes, on les aime en vie.

Si vous planifiez l’achat d’équipement lié à l’amélioration de la sécurité dans votre atelier, je vous rappelle que vous pouvez demander une subvention de la SODEC à cet effet.  J’en parlais précédemment ici.

La plupart des informations contenues dans ce texte ont été glanées dans ces documents que vous pouvez consulter en ligne : Art Safety Training Guide de l’Université de Princeton,  Health Hazards and Safety Tips for Artists de la CARFAC et le Guide d’utilisation des produits contrôlés dans les arts visuels de l’Université d’Ottawa.

À consulter aussi ce tableau des risques par type de produit, Health and safety in the arts.

.

Charité bien ordonnée.

Ferdinand Pire Ferdinand
« Les folles Enchères », 90cm x 70cm
Huile sur verre églomisé, 1995
.
Voici revenu le temps de décembre, le temps du partage.  Donner fait du bien.  Autant à celui qui donne qu’à celui qui reçoit.  Le partage est un des gestes essentiels à l’établissement d’un monde meilleur.
Les artistes, bien que plusieurs soient peu fortunés, sont très sollicités pour contribuer à toutes sortes de causes et ce, tout  au long de l’année, souvent par le don d’une ou plusieurs oeuvres à être mises à l’encan.  Beaucoup d’artistes acceptent de bon coeur, mais parfois à tort et à travers. Je me suis donc demandé ce à quoi il fallait réfléchir pour faire aller un peu plus loin nos petits ou grands dons d’oeuvres d’art.
..
J’ai assisté cette année à quelques encans au profit d’organismes tous louables.  Certains de ces encans, certains, mais pas tous,  m’ont toutefois laissé un goût amer dans la bouche.  Les acheteurs y sont en principe pour encourager une cause qui leur tient à coeur et par le fait même, pouvoir y acquérir une oeuvre d’un artiste qu’ils apprécient.  Puisqu’on y est pour soutenir une cause, l’objectif devrait être que les oeuvres se vendent au plus fort prix possible.  On pourrait se permettre de croire même à un prix plus élevé qu’à l’habitude.  Or, ce que je constate, c’est que certains encans sont devenus une sorte de vente à rabais d’oeuvres d’art.  L’occasion de se procurer le coup de coeur à une fraction du prix habituel.  Qui est vraiment le mieux servi dans cet exercice?  Ni l’artiste, ni la cause, mais vraisemblablement le collectionneur.  À qui ferez-vous le cadeau de votre art cette année?
.
Donner c’est bien.  Donner intelligemment c’est mieux.
..
Choisir ses causes.
Comme individu et comme artiste,il y a certainement des sujets qui vous touchent particulièrement: la santé,l’éducation, la pauvreté, le bien-être des enfants.  Choisissez vos causes. Faites l’exercice de justifier pour vous même les raisons qui motivent votre choix, car pour bien atteindre vos objectifs, vous voudrez probablement limiter votre implication à un ou quelques choix seulement, plutôt que de parsemer ici et là….
.
Vérifier la qualité des organismes qui vous sollicitent.
Quels sont leurs accomplissements?  Ont-ils la réputation de bien gérer les sous qu’ils obtiennent?  Leurs actions vont-elles dans le sens de vos valeurs personnelles?
.
Vérifier le professionnalisme de l’organisation de l’encan lui-même.
Y-a-t’il un prix plancher en-deçàduquel votre oeuvre ne sera pas vendue? Vous voudrez éviter à tout prix qu’elle soit vendue à un prix trop bas.  Qui, le cas échéant, animera les enchères?  Est-ce que la personne désignée dispose d’une quelconque expérience en la matière, aura-t’elle la motivation et l’énergie nécessaire pour maintenir la salle en haleine, bien mettre en valeur les oeuvres soumises et faire monter les prix?  Détail non négligeable: les invités, qui sont-ils?  Seront-ils en nombre suffisant, ont-ils les moyens d’acheter ce qu’on leur propose?  J’ai vu un encan silencieux cette année dans le cadre d’une soirée chic où on offrait vin, bouchées et prestations musicales.  Les gens présents étaient sympathiques à la cause, mais le prix payé pour assister à l’événement semblait être suffisant pour eux.  Peu d’oeuvres ont été vendues.
.
Valider les garanties offertes.
Vous voudrez savoir où sera entreposée votre oeuvre avant la tenue de l’encan et qui se chargera du transport.  Attention aux improvisations.  Est-ce que l’organisme se porte garant des bris et des pertes qui pourraient survenir?  Vous voudrez aussi savoir ce qu’il adviendra des oeuvres invendues. Seront-elles retournées, aux frais de qui et quand?  Rappellez-vous que vous pouvez vous réserver un pourcentage du montant de la vente. Vous avez également le droit de demander un reçu de charité pour fin d’impôts pour votre don. Voyez si on vous demande également du temps ou une aide pour le transport.  Dans tous les cas, il est préférable d’emballer et d’identifier vos oeuvres vous-mêmes.
.
Évaluer ce que le geste vous apporte en tant qu’humain, mais aussi entant qu’artiste-entrepreneur.
Vous devez avant tout être fier/fière de la cause que vous soutenez. Apporter son aide à ceux et celles qui en ont besoin est utile en plus de réchauffer le coeur et l’âme.
D’un point de vue pratique, si la cause que vous soutenez est aussi chère à une bonne part de votre clientèle cible, votre image en sera bonifiée. Si vous choisissez une cause impopulaire, il se peut qu’au contraire elle en souffre.  Il arrive que pour vous remercier de votre aide vous soyez invités à l’encan ou à d’autres campagnes  de financement de l’organisme que vous soutenez.  Ces événements seront une occasion pour vous d’établir des liens avec d’autres artistes et avec les collectionneurs.  Acceptez-les donc avec plaisir.
.
Je vous souhaite donc en cette période des Fêtes de belles expériences de partage et qu’elles soient enrichissantes pour vous.  Puisque charité bien ordonnée commence par soi-même, soyez heureux et fiers de vos accomplissements, donnez selon vos capacités et vous pourrez ainsi donner longtemps et bâtir de belles relations au fil du temps.