Entrevue Blackburn Podcast

Le 8 janvier dernier, j’ai eu le grand plaisir d’être l’invitée de Pierre Blackburn à son émission Blackburn Podcast réalisée par Éric Mailhot.  Nous avons discuté principalement de la situation des artistes visuels au Québec. Vous pouvez voir l’entrevue dans son intégralité ici. Merci à la Galerie Lounge TD pour nous avoir accueillis.  Les photos sont de Valérie Provost, photographe.

Portrait par Valerie Provost_2016

 

Enquête sur les arts visuels du magazine BAZ: Le point de vue de l’agente.

France Cantin par Serge Blais_2011

Pour son numéro de l’hiver 2014-2015, le magazine BAZ présentait une enquête sur les arts visuels à laquelle un très grand nombre d’artistes et d’intervenants du milieu ont accepté de collaborer.  J’ai accepté de donner mon point de vue sommaire sur la situation des arts visuels à Montréal à Simon Duplessis.

Voici le résultat de cette entrevue.  Vous pouvez également consulter l’ensemble du contenu de ce numéro ici.

Un gros merci à Simon Duplessis et Sylvain Bazinet pour l’autorisation de partager avec vous cette entrevue.

ENQUÊTE SUR LES ARTS VISUELS

France Cantin: Le point de vue de l’agente.

(Par Simon Duplessis)

France Cantin est agente d’artistes.  Elle a notamment été l’agents de Zïlon et elle dirige aujourd’hui la galerie TD, à l’Astral du Quartier des Spectacles (1).  Tout d’abord artiste, elle a ensuite oeuvré dans le domaine de la vente lorsqu’elle a eu ses enfants.  En 2009, les enfants étant grands, elle a voulu combiner sa prédilection pour les arts et son expérience en vente. Elle a donc complété un cours d’agents d’artistes à l’École du Show Business.  Nous l’avons rencontrée dans le cadre de notre enquête sur les arts visuels.

BAZ: Pensez-vous que la situation générale des artistes en arts visuels au Québec s’est améliorée au cours des dernières années?

F.C.: Je te dirais qu’elle s’est améliorée à certains égards.  Les artistes, surtout la nouvelle génération, sont de plus en plus impliqués dans leur carrière.  Ils sont moins à la merci des galeries, ou de quelqu’un qui devrait venir les sauver!  Mais le marché est très difficile.  On ne valorise pas assez l’art.  Les gens sont intimidés.  N’importe qui va écouter de la musique classique, même s’il ne comprend pas.  Il devrait en être ainsi pour les arts visuels.  Le marché est en pleine transformation, les galeries tardent à emboiter le pas, à changer leur rôle.  Elles restent de simples magasins.  Ce n’est pas le cas de toutes, certaines accueillent le client de très bonne manière.  Pourtant, l’art est une valeur sûre pour un investissement.  C’est ainsi pour les artistes établis, mais c’est plus difficile pour les artistes émergents.

BAZ : Pensez-vous que les arts visuels occupent plus de place dans les médias qu’il y a a quelques années?

F.C. : Beaucoup moins.  Il y a beaucoup de coupures dans les médias principaux.  Comme les budgets sont moins gros, on va vers ce qui touche un plus grand public.  Et les gens qu’on connait déjà, c’est ce qui fait vendre la copie!  Tout ce qui est nouveau est un peu laissé pour compte.  Même pour un artiste comme Zïlon, c’est difficile. À la galerie TD, nous avons une équipe de presse, heureusement.  Mais ça reste difficile, ça prend des contacts.  La Presse et ARTV viennent à nos vernissages, mais c’est parce que nous avons une grosse machine de presse.  Et comme il n’y a que peu d’intérêt de la part du public général pour les arts visuels, il n’y a pas trop de couverture.  Pourtant, on a besoin d’art.

BAZ : Êtes-vous membre du Regroupement des Artistes en Arts Visuels (RAAV)?

F.C. : Oui.  Je suis membre associé.  Depuis  plusieurs années.  Pour moi c’est important.  Le RAAV est plein d’imperfections, mais c’est l’outil.  Comme les comédiens ont l’UDA.  C’est se prendre en charge, collectivement.  Les artistes sont trop souvent nés pour un petit pain.  J’entends parfois: « Je ne peux pas me défendre ».  Mais oui, on peut se défendre.  C’est certain qu’il n’y a pas de milliers de personnes pour gérer cet organisme, c’est souvent des anciens profs, des gens plus vieux.  C’est peut-être un peu plus vieillot, mais c’est nécessaire.  Il y a toujours place à l’amélioration.

BAZ : Gagnez-vous mieux votre vie comme agents qu’il y a quelques années?  Quel pourcentage de vos revenus votre métier d’agent représente-t-il?

F.C. : Non.  Gagner ma vie comme agents, je suis loin de là.  Comme agent, on suit les artistes.  Je ne fais qu’un pourcentage de ce que l’artiste fait.  Pour le moment, je vis de mon métier de galeriste, ça représente 90% de mes revenus. Comme agente, ça me coûte de l’argent.  Je le fais par vocation.  J’ai espoir d’arriver à quelque chose avec mes artistes.  Je me dis parfois que je dois prendre plus d’artistes, mais c’est moins de temps pour chacun.  Je repense en ce moment ma manière de le faire.

BAZ : Que pensez-vous des encans bénéfice?

F.C. : J’ai été des deux côtés!  J’ai travaillé avec des artistes et j’ai travaillé avec des encans, j’en ai même fait deux.  Je pense que c’est important.  En tant que citoyen, l’artiste peut avoir envie de donner.  Mais il faut que ce soit bien fait.  Il doit toujours y avoir un prix plancher, des reçus d’impôt – sinon c’est considéré comme un revenu – le retour des oeuvres non-vendues.  Tout doit être écrit sur un contrat.  Il ne faut pas donner n’importe comment et vérifier les encans à qui on donne.

BAZ : Que pensez-vous des reproductions en vente chez IKEA?

F.C. : Ben ça c’est un manque d’éducation carrément.  Si quelqu’un est prêt à mettre 200$ sur une oeuvre qui est dans tous les salons, il peut mettre 200 $ sur une oeuvre d’un artiste émergent.  Les gens pensent que c’est trop cher.  Les gens ne savent pas ce qu’ils peuvent avoir pour leur argent.  Et chez IKEA ils risquent d’acheter des oeuvres qui ne rapporteront rien à l’artiste.

BAZ : Que pensez-vous des galeries locatives?

F.C. : Je suis pour ça.  Parce que, de plus en plus, les galeries ne font rien.  Ils restent de simples magasins, ils ne proposent rien à l’extérieur.  Si un artiste se charge de sa carrière, il peut faire ses propres expos, gérer sa liste de clients (ce qu’une galerie ne laissera jamais faire).  Tu peux être maître d’oeuvre de ta propre carrière.

BAZ : Croyez-vous que les médias sociaux sont bénéfiques pour les arts visuels?

F.C. : Oui, parce que les médias traditionnels en parlent moins.  C’est une alternative intéressante.  Tu ne rejoindras jamais tout le monde par ce moyen, mais il y a un énorme potentiel.  Tu peux développer des trucs, faire tirer des oeuvres, établir un public.  Tu peux dynamiser ça.  C’est parfait pour un artiste qui veut diriger sa carrière.

BAZ : Comment voyez-vous la situation des artistes pour l’avenir?

F.C. : Je vois l’artiste de plus en plus travailleur autonome en charge de son sort.  Je vois l’artiste de moins en moins comme quelqu’un de passif.  La voie c’est ça.  Les jeunes ne veulent pas être aux mains de quelqu’un qui s’occupent d’eux.  Il y a vraiment un changement sur le marché.  Les galeries, même les grandes, sont dans le tumulte.  Les nouvelles technologies changent la donne.  Forums, catalogues et galeries en ligne, sites web.  Il y a d’énormes possibilités.  Je vois beaucoup d’intérêt des artistes qui me contactent pour mieux gérer leur propre carrière, et d’avoir les moyens de comprendre les règles. Et il y a aussi ici du travail à faire sur le droit de suite… c’est une autre histoire.

(1) Précision: Je travaille à la Galerie Lounge TD de la Maison du Festival de Jazz où se trouve également l’Astral.

Bourses et subventions: Le projet pilote de programme d’aide aux artistes en arts visuels de la SODEC.


C’est très, très bientôt que la SODEC [1]publiera enfin sur son site les critères de son nouveau programme de financement destiné aux arts visuels.   Ce programme, inspiré de celui qui existait déjà pour les métiers d’art, a pour objectif d’améliorer les conditions de travail des artistes dans leurs ateliers et de stimuler le marché et la vente d’oeuvres d’artistes québécois. En regard du deuxième objectif, les galeries d’art contemporain pourront bénéficier d’un élargissement du Programme de soutien au marché de l’art.
Pour ce qui est de l’aide spécifique aux artistes, le projet pilote annoncé en avril dernier sera doté d’un modeste budget de 225 000 $ pour sa première année, ce qui est bien peu en regard des besoins énormes auxquels il doit répondre. Il s’agit toutefois d’un pas dans la bonne direction. Le programme comprend deux volets : la production d’oeuvres et la promotion et la mise en marché.
Pour ce qui est de la production d’oeuvres, les projets admissibles pourront comprendre l’achat d’équipements ou la mise à niveau de ceux existants. Il pourra s’agir de l’intégration de nouvelles technologies ou même d’achats liés à la sécurité dans l’atelier. Ce dernier point est non négligeable. Certaines pratiques artistiques présentant des dangers réels pour la santé et la sécurité lorsque les précautions nécessaires ne sont pas appliquées. Que le ministère s’en préoccupe spécifiquement est une excellente nouvelle.
Pour ce qui est de la promotion et de la diffusion, l’artiste pourra investir dans le développement d’outils spécifiques, comme la construction d’un site web ou la réalisation de brochures et dépliants, ce que les programmes existants ne permettaient pas. Si la réalisation d’un porte-folio n’est toujours pas une dépense admise, les services d’un photographe professionnel pour vos oeuvres, eux, le seront. Le nouveau programme vient donc à bien des niveaux compléter l’aide existante.
De plus, il est important de souligner qu’il ne s’agit pas de bourses, mais de subventions. L’artiste doit assumer au moins 50 % des coûts de son projet et la dotation maximale par artiste sera de 10 000 $. Des conditions quand même intéressantes si vous avez décidé d’investir dans l’achat d’équipement spécialisé pour donner un nouvel élan ou une nouvelle direction à votre production. De même si vous avez décidé de prendre en charge vous-même votre promotion et votre diffusion.
Il y a quelques jours, j’ai eu la chance de discuter avec Jean-Philippe Sauvé, chargé de projet à la SODEC pour ce programme. Gageons que le monsieur aura beaucoup de pain sur la planche prochainement….  Il m’affirme que ce ne sera pas un style artistique en particulier qui sera privilégié pour l’allocation des montants, mais bien la qualité et le professionnalisme de la production. La SODEC a une approche très business, très terre-à-terre. Les critères importants seront la pertinence du projet par rapport à la démarche, le réalisme des coûts et la concordance avec les objectifs du programme. Nous sommes donc en droit d’espérer que le tout ne mènera pas à une autre guerre stérile entre artistes contemporains à la démarche un peu plus pointue et les autres. Si vous voulez tenter votre chance, surveillez bien le site de la SODEC. La date de tombée qui sera annoncée bientôt devrait être vraisemblablement vers la mi-novembre.

[1] Société de développement des entreprises culturelles