Encans bénéfices d’oeuvres d’art: ce qu’il faut savoir

Beaucoup d’artistes sont sollicités pour participer à des encans d’oeuvres d’art au profit d’organismes ou de causes qui leur tiennent à coeur.  J’en parlais plus tôt ici.  Aussi, de plus en plus d’artistes organisent leurs propres événements pour amasser des fonds.  Que vous participiez à un encan bénéfice en tant qu’artiste donateur ou si vous voulez vous-même en organiser un, il y a des informations essentielles à savoir et des contraintes à respecter.  Le texte est orienté en fonction d’un encan crié, mais  plusieurs points discutés s’appliquent aussi aux encans silencieux et certains aux ventes à prix fixe.

Tout d’abord, il est important d’être conscient de l’impact qu’on les encans sur le marché de l’art en général et sur vos propres ventes.  Les encans ont été en ce sens largement critiqués dans les dernières années et certaines de ces critiques sont fondées.  Vous pourrez prendre conscience d’un article détaillé à ce sujet ici.  On devrait s’attendre, lorsqu’il s’agit d’une cause louable, que les enchères montent au moins jusqu’au niveau de la juste valeur du marché des oeuvres offertes.  Or, c’est loin d’être toujours le cas.  À cause de règles déficientes, d’un commissaire-priseur sans dynamisme ou tout simplement parce qu’il n’y a pas assez de collectionneurs intéressés pour faire monter les enchères, il arrive souvent que les oeuvres offertes trouvent preneurs à des prix bien en-deçà de leur valeur réelle.  Cette situation aura un effet plus ou moins néfaste sur le prix des oeuvres en général.  Ainsi, si vous participez à plusieurs de ces encans en cours d’année, sachez que vos collectionneurs le savent et choisiront peut-être d’attendre une telle occasion pour faire leur prochaine acquisition.  Il est donc important de choisir parcimonieusement les causes que vous désirez appuyer en choisissant préférablement les organismes de bienveillance reconnus.  Nous verrons pourquoi un peu plus loin.  Les organisateurs d’encans, les artistes et les collectionneurs ont chacun leur part de responsabilité dans ce problème et doivent en être conscients.

Les impératifs:

  • Un budget à frais nuls ou réduits au maximum:  Il est clair que l’objectif étant d’amasser des fonds, l’argent recueilli devrait le moins possible servir à rembourser les frais encourus pour l’organisation de l’événement.  Vous devez recourir le plus possible à la commandite et au bénévolat pour tous vos frais: location de la salle, équipement, promotion, main d’oeuvre. Vous devrez le plus souvent planifier votre financement plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant la tenue de votre événement.
  • Un contrat avec chaque artiste spécifiant les conditions du don.
  • Une promotion adéquate:  Pour faire lever les enchères, vous devez avoir un maximum d’acheteurs intéressés dans la salle.  Les artistes et leur diffuseurs habituels (galeries) peuvent être mis à profit.
  • Des oeuvres convoitées et un public d’acheteurs bien ciblé.
  • Un commissaire-priseur d’expérience, dynamique et consciencieux.
  • Un système de paiement et d’emballage des oeuvres rapide et efficace.
  • Des règles claires et bien comprises par tous.  Idéalement, vous devriez les rendre disponibles par écrit.

Les règles et le fonctionnement de l’encan:

L’enregistrement des participants.  Il est important d’inscrire chaque participant et prendre en note ses coordonnées pour bien suivre les enchères.  Gardez le processus le plus simple possible.  Donnez la chance aux gens de s’inscrire tout au long de l’événement.  Après la vente de chaque lot, vous aurez les informations de base nécessaires en main pour la préparation  des factures.

La nécessité d’enregistrer les enchères:  Tout au long de l’encan, vous devez avoir une ou plusieurs personnes qui prennent en note les numéros de chaque enchérisseur.  Ainsi, si un acheteur auquel un lot a été adjugé quitte ou se désiste, vous pourrez retracer la dernière personne à avoir misé.

Le prix de départ:  Pour inciter les mises, le prix de départ est important.  Il doit être ni trop haut pour décourager, ni trop bas par rapport à la valeur réelle.  Votre défi est de faire monter l’enchère le plus haut possible. Psychologiquement, quelqu’un qui est encouragé par une mise de départ qui lui est accessible sera tenté de continuer à miser pour obtenir l’oeuvre convoitée.

Le prix de réserve:  Le prix de réserve est particulièrement important dans la relation entre l’artiste et les organisateurs de l’encan et permet que le prix de l’oeuvre ne descende pas en-dessous du minimum jugé acceptable pour l’artiste.  Si les enchères n’atteignent pas le prix de réserve, l’oeuvre est retirée de l’encan.  Il peut être convenu de remettre l’oeuvre à l’enchère à la fin de l’encan, mais encore une fois, les enchères devront atteindre le prix plancher pour que l’oeuvre soit adjugée. Les parties doivent également s’entendre sur ce qui adviendra de l’oeuvre si elle n’est pas vendue.  Reste-t’elle auprès de l’organisme ou est-elle retournée à l’artiste? Qui paiera les frais d’emballage et de transport si l’oeuvre doit être retournée?  Il peut arriver que les organisateurs d’un encan choisissent de ne pas mettre de prix de réserve.  Il est très important d’en convenir à l’avance.

Les reçus d’impôt:

Seuls les organismes de charité reconnus peuvent émettre des reçus d’impôt pour vos dons.  Vous pouvez vérifier la Liste des organismes de bienfaisance sur le site de l’Agence du revenu du Canada.

Vous aurez compris qu’aucun reçu d’impôt ne peut être émis lorsque l’encan n’est pas au profit d’un organisme de bienfaisance.  Qui plus est, un tel don pourrait être considéré comme un revenu à l’égard de l’impôt.  En effet, si une oeuvre est créée dans l’intention de la vendre et qu’elle est donnée à une personne ou un organisme non reconnu, le don est considéré comme une vente et devra être ajouté au calcul du revenu de l’artiste. Si vous donnez souvent au cours de l’année, cette information est importante à considérer.  Vérifiez donc toujours cette information avant de vous engager.

Le reçu émis à l’artiste:

Le reçu émis à l’artiste doit être fait au montant du don, soit la juste valeur au marché de l’oeuvre (et non pas la valeur adjugée à l’encan).  Il n’est émis que lorsque le don est entier et que l’artiste ne participe pas au profit de la vente.  Ce qui signifie que si l’organisme vous offre la possibilité de récolter un pourcentage du prix de la vente, vous ne pourrez réclamer de reçu d’impôt pour votre don.  L’organisme qui émet le reçu doit répondre à certaines exigences de la part de l’Agence du revenu du Canada quant à l’exactitude du montant du don.  Ainsi, il peut être demandé à l’artiste de fournir une preuve de la valeur (le plus souvent, une facture antérieure pour une oeuvre semblable ou un certificat d’évaluation).  Dans le cas des oeuvres d’une valeur moindre à 1000$, une facture antérieure sera suffisante.  Par contre, dans le cas d’oeuvres à valeurs plus élevées, un certificat d’évaluation peut être exigé.  Le cas échéant, il est préférable de s’entendre sur qui devra défrayer les frais d’évaluation qui peuvent s’avérer élevés.

Le reçu émis à l’acheteur:

Lorsqu’il achète une oeuvre à l’encan, le collectionneur ne fait pas un don, puisqu’il obtient quelque chose en contrepartie.  Par contre, si l’oeuvre est payée plus cher que la juste valeur du marché et que l’acheteur avait été clairement avisé de cette valeur, le montant payé en surplus devient un don.  Par exemple, une oeuvre évaluée à 500$ est adjugée à 600$.  L’acheteur qui conscient qu’il paie 100$ de plus que la valeur de l’oeuvre, se trouve à faire un don de 100$ à l’organisme et pourra ainsi réclamer un reçu équivalent à ce montant.

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