Comment déterminer le prix de vos oeuvres

Une des questions qu’on me pose le plus souvent est comment fixer le prix de ses oeuvres.  Il n’est pas toujours facile de déterminer ce prix  car il dépend de plusieurs facteurs, certains sont objectifs, d’autres plus subjectifs. Bien que le coût de vos matériaux ainsi que le temps consacré à la création soient un bon point de départ, ils ne suffisent pas.  Le prix d’une oeuvre d’art ne se calcule pas comme celui de produits de consommation communs.  Il est aussi fortement influencé par ce petit quelque chose appelé désir.  Bien au-delà de l’agencement idéal avec la couleur du sofa, les facteurs qui motivent l’achat d’une oeuvre sont le plus souvent émotifs.  Votre acheteur a un coup de foudre.  Pour certains, il s’agit en plus d’un investissement.  Vous devez convaincre cet acheteur de votre potentiel et de votre désir de perdurer dans le milieu afin qu’il puisse envisager un retour intéressant à long terme sur son investissement.  Un autre fait signifiant et souvent ignoré dans l’équation, c’est l’image que l’acheteur projette de lui-même par cet achat.  L’acquisition d’une oeuvre d’un artiste très connu par exemple peut à ses yeux confirmer sa réussite et son prestige.  Pour un autre, il s’agira d’afficher son audace ou son bon goût. Ayez ces éléments en tête lorsque vous faites votre vente.

Les principaux critères qui influent sur le prix d’une oeuvre:

  • Le coûtant (matériaux, local, assurances, etc. et votre temps à un taux horaire raisonnable).
  • La technique utilisée (un dessin sera traditionnellement moins cher qu’une toile peinte).
  • Le format de l’oeuvre.
  • Votre expérience et votre renommée en tant qu’artiste, votre formation, le nombre d’expositions solos et collectives à votre actif, si vous avez exposé seulement localement où à divers endroits dans le monde, si vous avez fait l’objet d’articles, de reportages ou si même des monographies existent sur votre travail.
  • L’historique de vos ventes antérieures.
  • Le marché dans lequel vous évoluez.

Il est toujours pertinent de faire la liste des coûts de votre production : votre espace de travail, le matériel, votre mise en marché, le prix lié au transport, à l’emballage et à l’exposition des oeuvres, etc.  Vous devriez aussi considérer vos heures de travail et vous allouer un taux horaire raisonnable.  Vous aurez ainsi une idée plus précise de ce qu’il vous en coûte pour produire une oeuvre.  Si votre technique nécessite beaucoup d’heures, vous constaterez qu’il est fort difficile de vendre de façon à ne pas essuyer de pertes.  Essayez, autant que faire se peut, de couvrir au moins le prix de vos matériaux.  Il ne s’agit pas d’avoir des visées matérialistes, mais bien d’assurer minimalement la continuation de votre production à moyen et long terme.  Avoir une bonne idée de ce qu’il vous en coûte vous aidera aussi à défendre vos prix.  Vos frais d’opération peuvent d’ailleurs être déduits de vos revenus de travailleur autonome lors de la production de votre déclaration de revenus.  Conservez précieusement tous vos reçus.

Une autre façon de déterminer le prix de vos oeuvres est d’établir une liste de comparables. Voyez quels sont les prix chargés par les artistes qui ont un peu le même style, la même technique et la même expérience que vous. Pour ce faire, vous devrez vous informer du marché, visiter les galeries, les foires, les symposiums.  Pour le marché commercial, il existe aussi quelques répertoires où les artistes sont classés par style et par nombre d’années d’expérience.

Vous voudrez également être conséquents dans vos prix – toutes les oeuvres d’un même format et d’un même médium devraient être au même prix – sauf exception.  En aucun cas des critères subjectifs devraient entrer en ligne de compte (celle-ci est plus belle que celle-là ou m’a demandé plus d’efforts).  Lorsqu’une oeuvre s’avère déterminante dans votre démarche, qu’elle est exposée dans un lieu prestigieux ou remporte un prix, ou que vous avez tout simplement du mal à vous en départir, il peut être pertinent de la retirer de la vente pour la conserver dans votre collection personnelle plutôt que de lui attribuer un prix plus élevé que le reste de vos oeuvres.

Essayez de respecter le marché dans lequel vous vous trouvez.  Des prix trop bas déprécient votre travail et sabotent aussi le travail des autres artistes de votre catégorie.  Des prix trop hauts vous feront paraître arrogants ou ignorants.  Vous devez être constants dans vos prix.   Il est préférable de commencer un peu moins cher et de monter graduellement que d’avoir à descendre vos prix.  Évitez les ventes au rabais, bien qu’elles peuvent être tentantes en période difficile.  La cote s’établit sur le long terme et pensez tout de suite à en prendre soin.  Une croissance tranquille et constante est préférable aux hésitations.  Il se peut que vous ayez des ajustements à faire à certains moments.  Si vous ne réussissez pas à vendre, peut-être vos prix sont-ils trop hauts.   Si vous ne réussissez pas à répondre à la demande, c’est probablement que vous pouvez augmenter vos prix.

Une fois vos prix établis et testés, augmentez-les graduellement au fil du temps.  Appliquez au moins  le taux d’inflation à chaque année et augmentez aussi lorsque surviennent des événements marquants à votre carrière comme l’obtention d’une bourse ou d’un prix prestigieux, une exposition dans un musée, etc.

Vous devez donc prendre en compte le marché dans lequel vous évoluez.  Ainsi, vous aurez probablement aussi à ajuster vos prix lorsque votre marché prendra de l’ampleur.  Les prix moyens des oeuvres ne sont pas les mêmes à Montréal et à New York ou à Paris par exemple.  Il se peut que lorsque vous serez représentés à l’étranger, vous ayez à ajuster vos prix à la hausse et ce, partout.  Une représentation à l’extérieur du pays ajoute à la reconnaissance de votre travail et vous voulez aussi que la même toile soit vendue le même prix partout.   C’est encore plus pertinent  si vous vendez aussi par internet.

Finalement, la fixation des prix de vos oeuvres est une étape importante qui requiert une certaine recherche et réflexion, mais c’est une étape essentielle sur laquelle reposera votre mise en marché.  Prenez le temps qu’il faut et n’hésitez pas à demander conseil si nécessaire.

Crédit photo: Ben Earwicker