La rente d’étalement de revenu pour artiste

J’ai pris conscience de l’existence de la rente d’étalement de revenu  lors d’une formation sur la fiscalité pour les artistes en 2013.  Toute enthousiaste, je suis partie à sa recherche pour bientôt me demander si c’était pas un peu comme les extra-terrestres ou le monstre du Loch Ness…  Je n’arrivais pas à le trouver et bien sûr je n’ai pas pu accommoder mon client qui en avait besoin à ce moment.   Le produit existe et la déduction possible, mais probablement qu’il y a si peu de gens qui en connaissent l’existence et/ou qui le recherchent pour qu’on sache de quoi vous parlez lorsque vous en faites la demande.

J’ai donc mis récemment mon comptable et mon conseiller financier sur le coup, parce que je voulais en avoir le coeur net.  Eux aussi ont peiné, mais nous avons finalement trouvé!

Il est bien connu que les artistes ont en général des revenus très variables d’une année à l’autre.  Vaches maigres alternant avec vaches grasses, avec une prépondérance de vaches maigres…  Aussi, lorsque vous obtenez pour une fois des revenus dignes de ce nom au cours d’une année, vous  voulez éviter de payer un impôt trop élevé par rapport à vos revenus moyens.  Au Québec, il vous est possible d’étaler ce revenu (inhabituel pour vous) sur plusieurs années (maximum sept) en achetant une rente d’étalement du revenu provenant d’activités artistiques.

Cette mesure fiscale s’applique pour l’impôt du Québec seulement, vous devez être un artiste professionnel (selon la définition  précisée dans la Loi sur le statut de l’artiste) et votre revenu annuel net découlant de vos activités artistiques pour l’année visée doit excéder 25 000 $ en plus de votre déduction pour droits d’auteur s’il y a lieu.

Pour simplifier l’idée au maximum, disons que vous faites habituellement 25 000$ de revenus par année.  Or, cette année, vous avez fait des ventes exceptionnelles qui s’élèvent à 70 000$.  Donc, au lieu d’encaisser ce montant d’un coup et donc de payer de l’impôt sur le plein montant avec souvent un taux d’imposition supérieur, vous pouvez choisir d’acheter une rente et  vous faire verser 10 000$ par année pendant 7 ans en payant un impôt plus en phase avec vos revenus habituels.

La rente doit être acquise pendant l’année d’imposition ou dans les 60 premiers jours de l’année suivante (comme pour les REER).

Vous pouvez obtenir plus de renseignements au sujet de la rente d’étalement de revenus pour artistes sur le site de Revenu Québec.

Sans vouloir endosser une institution plutôt qu’une autre, après plusieurs recherches infructueuses, nous avons finalement trouvé ce produit financier chez Desjardins Assurances.

Crédit photo: Shi Yali

Choisir sa galerie et non sa galère (2) – La répartition du risque

À chaque rediffusion de mon texte « Choisir sa galerie et non sa galère« , plusieurs artistes réagissent en me faisant part de leur propre expérience avec les galeries. Ce qui me saute aux yeux c’est le glissement de plus en plus fréquent dans la répartition du risque financier entre l’artiste et la galerie.

Il y a différents contextes pour lesquels vous vous associerez à une galerie. Il se peut que ce soit une entente à long terme ou dans le contexte d’une exposition temporaire solo ou de groupe. La galerie, selon les moyens dont elle dispose offre plusieurs avantages aux artistes: un local et une adresse connue du public, une notoriété, une visibilité sur les réseaux sociaux, une liste de clients, des préposés à l’accueil et à la vente sur place, des outils de promotion et parfois aussi un service de relations de presse pour assurer la diffusion de ses événements. Certaines galeries, moyennant contrepartie, offrent aussi le développement de la carrière de l’artiste lorsque la relation s’établit sur le long terme. Il est important de comprendre que tous ses services représentent pour la galerie des frais fixes, souvent importants. Selon les avantages et les services qu’elle offre, la galerie demandera toujours une contrepartie de l’artiste, le plus souvent sous forme de commission sur les ventes.

Or, comme la commission dépend justement des ventes, les revenus de la galerie, contrairement aux frais, sont loin d’être fixes et ne sont garantis d’aucune façon. Les galeries qui tirent le mieux leur épingle du jeu sont donc celles qui réussissent à vendre suffisamment pour payer les redevances aux artistes et couvrir leurs frais tout en dégageant un surplus. Principe économique élémentaire: réduire les dépenses et augmenter les ventes. Certaines galeries seront donc frileuses à accepter des artistes dont les ventes sont loin d’être garanties. En contexte économique difficile, certains se contenteront de valeurs sûres sur le marché. D’autres plus passionnés par leur rôle de diffuseurs offriront un mélange de valeurs sûres et de choix plus audacieux.  Dans tous les cas, c’est l’habileté à faire de bon choix et à les communiquer à sa clientèle qui sera garant du succès de la galerie. Le galeriste doit connaître le travail des artistes qu’il représente, le marché dans lequel il oeuvre et les goûts particuliers de sa clientèle. Il doit bien sûr être un médiateur de talent et transmettre son savoir et son goût de l’art à ses visiteurs. Il manoeuvre habilement dans un contexte où ses frais sont fixes et où les ventes dépendent de critères autant économiques qu’émotifs et sur lesquels il a peu de contrôle. N’est pas un bon galeriste qui veut et il y a malheureusement beaucoup trop d’amateurs sur le marché. Tout comme plusieurs s’imaginent qu’il est facile de s’improviser artiste, plusieurs pensent qu’il est aisé de vendre de l’art. Or, on ne vend pas de l’art comme on vend des chaussures….

Ce que je trouve inquiétant, c’est lorsque la galerie n’assume plus le risque inhérent à cette pratique particulière et transfère une partie de plus en plus importante de son risque financier à l’artiste. Est-ce que le galeriste le fait par facilité, par ignorance, par manque d’imagination ou de talent, par appât du gain ou parce que le marché ne lui laisse pas le choix? À vous d’en juger.

Il y a deux façons de transférer le risque financier à l’artiste: soit par l’application d’une commission de vente de plus en plus élevée, soit par le transfert de frais fixes à la charge de l’artiste (frais de promotion, frais de vernissage, etc) en surplus de la commission de vente.

Si vous considérez la démarche de votre galeriste légitime, les questions à vous poser, puisque vous achetez un service, sont:

  1. Est-ce que j’en ai pour mon argent? Est-ce que le prix demandé est compétitif? Est-ce que le service offert par la galerie justifie la somme qu’on me demande?
  2. Est-ce que j’en ai les moyens? Ne sachant pas d’avance le montant de mes revenus, est-ce que je peux absorber ces frais ou non?
  3. Est-ce que l’entente et le risque qu’on me demande de prendre en valent toujours le coût? Existe-t-il des alternatives à ma disposition?

Tout comme la galerie, l’artiste doit voir à un certain équilibre entre ses coûts et ses revenus et comme nous le voyons, il absorbe de plus en plus l’instabilité des revenus de vente. Dans certains cas, et je parle surtout des expositions temporaires, louer un local et même réserver les services d’un professionnel pour l’organisation de votre vernissage et votre mise en marché vous coûtera moins cher que ce que vous demande ces galeries nouveau genre.

Vous comprendrez que je ne suis pas d’emblée en faveur de ce nouveau « partage » des coûts dont il est question ici. Traditionnellement, les artistes se sont tournés vers les galeries justement pour leur capacité financière à assumer le risque des ventes incertaines et pour leur talent et les moyens à leur disposition pour diffuser et mettre en marché leur travail. Un bon galeriste croit en votre travail suffisamment pour y contribuer en prenant ce risque et en travaillant avec vous. Il sait qu’en agissant ainsi, votre succès sera le sien. C’est la relation que je vous souhaite.