Rédiger un communiqué de presse pour son événement

Vous avez décidé d’organiser par vous-même cette exposition tant attendue.  Vous voudriez bien qu’on en parle.  Vous voudriez bien atteindre la sacrée reconnaissance que chacun espère.  Vous ne ferez probablement pas la première page du cahier culture des grands quotidiens à votre premier essais, mais il est important de travailler soigneusement à l’élaboration de son image média dès le départ.  Des articles et reportages qui parlent de votre travail, même s’ils sont modestes, ajoutent à votre crédibilité et étoffent votre dossier d’artiste.  C’est un travail qui se fait sur la durée.  C’est aussi un excellent moyen de faire sa promotion, pour autant que l’on dise de vous de bonnes choses!  Et même là…

Pour chaque événement important de votre carrière, principalement lorsque vous exposez,  vous pouvez considérer la rédaction d’un communiqué à faire parvenir aux médias si vous n’avez pas une galerie ou un agent qui le fait pour vous.  Ayez cependant toujours en tête que les journalistes, recherchistes et chefs de pupitre reçoivent des tonnes de communiqués chaque jour.  Il est difficile de se démarquer et de susciter l’intérêt de la personne qui reçoit votre communiqué.  Vous devez vous poser la question à savoir si c’est une information pertinente à publier pour le média que vous approchez, en quoi elle se démarque, si  c’est une information susceptible d’intéresser leur public.  Le plus souvent, votre communiqué s’il est retenu, sera publié tel quel ou en seront publiés des extraits.  Il doit donc être rédigé de façon claire et concise et dans une langue impeccable.  Soyez conscient que vous vous adressez à des gens qui travaillent avec les mots.  S’il y a des fautes, il se peut fort qu’on ne prenne pas la peine de vous corriger et qu’on rejette l’info, même si elle semble intéressante.  Si vous vous adressez aussi à des médias anglophones, ayez la délicatesse de traduire ou faire traduire, pour les mêmes raisons.  Vous augmentez ainsi vos chances d’être lus et publiés.

Pour être efficace, sachez que vous avez environ 30 secondes pour capter l’attention de votre lecteur.  L’information essentielle doit donc se trouver dans le premier paragraphe, soit ce qu’on nomme en anglais les 5 W (Who-What-When-Where-Why).  Vous devez prioriser l’information importante en allant du plus spécifique au plus large.

Les éléments d’un communiqué:  

Tout en haut, titrez « Communiqué de presse » en spécifiant pour diffusion immédiate ou sous embargo (dans ce dernier cas, spécifier la date où l’information sera publique).

Vous pouvez mettre votre logo s’il y a lieu.

Titre et sous-titre bien en évidence.

Ville et date de publication du communiqué, suivis d’un tiret.

Votre texte.

le « -30-  » signifie la fin du communiqué comme tel.

Vous pouvez ajouter par la suite les informations de contact, les sources utilisées s’il y a lieu et vous pouvez aussi répéter les informations essentielles de l’événement sous forme télégraphique.

Vous pouvez bien sûr ajouter les liens vers votre site internet, une vidéo en ligne ou tout autre élément pouvant compléter l’information sans trop alourdir.  Vous pouvez illustrer d’une photo ou du carton de l’expo, en autant que l’info ne soit pas trop lourde.  Il est d’ailleurs préférable d’envoyer le communiqué dans le corps du texte plutôt qu’en pièce jointe si vous voulez éviter qu’il soit rejeté par les logiciels anti-pourriels de certains destinataires.

À qui envoyer votre communiqué:

Il existe des services de presse auxquels vous pouvez vous abonner pour bâtir votre propre liste complète et à jour pour l’envoi de vos communiqués.  Ces services sont cependant très onéreux et ne valent pas l’investissement si vous ne les utilisez que quelques fois par année.  Si vous n’avez pas de relationniste et que votre budget est limité, vous voudrez probablement bâtir vous-même votre liste en consultant le site web des différents médias que vous voulez rejoindre à l’onglet « contact ».  Ne négligez pas les médias étudiants et communautaires et les journaux régionaux et de quartier.  Ils sont souvent plus ouverts à diffuser de l’information sur de petits événements s’ils semblent intéressants.  Il existe aussi de plus en plus de blogues couvrant les événements artistiques auxquels vous pouvez vous adresser.  N’oubliez pas non plus d’envoyer votre communiqué aux différents agendas culturels (journaux et en ligne).

Quand envoyer votre communiqué:

En général, deux semaines à l’avance suffisent.  Vous pouvez aussi envoyer un rappel un à deux jours avant le vernissage.  Si un ou une journaliste manifeste l’intérêt d’y assister, n’hésitez pas à le ou la relancer pour confirmer.  Pour ce qui est des magazines imprimés, les dates de tombée sont généralement de deux mois à l’avance.

Et après?

Préparez un dossier de presse physique en quelques exemplaires regroupant votre communiqué, votre démarche, votre bio ou texte de présentation, votre revue de presse s’il y a lieu ainsi qu’un dossier visuel de 5 à 10 images sur cd.  Vous serez ainsi en mesure de répondre à la demande si nécessaire.  Le même dossier sous forme électronique pourra facilement être envoyé par courriel sur demande.

Une fois l’événement passé, gardez soigneusement en référence toute publication sur votre travail et/ou votre événement pour votre dossier.

Si vous avez besoin d’aide pour la rédaction ou la révision de vos textes, l’envoi ou la constitution de listes de presse, cela fait partie des services offerts à ma clientèle.  N’hésitez pas à me contacter pour plus de détails.

Photo: Florian Klauer

Choisir sa galerie et non sa galère (2) – La répartition du risque

À chaque rediffusion de mon texte « Choisir sa galerie et non sa galère« , plusieurs artistes réagissent en me faisant part de leur propre expérience avec les galeries. Ce qui me saute aux yeux c’est le glissement de plus en plus fréquent dans la répartition du risque financier entre l’artiste et la galerie.

Il y a différents contextes pour lesquels vous vous associerez à une galerie. Il se peut que ce soit une entente à long terme ou dans le contexte d’une exposition temporaire solo ou de groupe. La galerie, selon les moyens dont elle dispose offre plusieurs avantages aux artistes: un local et une adresse connue du public, une notoriété, une visibilité sur les réseaux sociaux, une liste de clients, des préposés à l’accueil et à la vente sur place, des outils de promotion et parfois aussi un service de relations de presse pour assurer la diffusion de ses événements. Certaines galeries, moyennant contrepartie, offrent aussi le développement de la carrière de l’artiste lorsque la relation s’établit sur le long terme. Il est important de comprendre que tous ses services représentent pour la galerie des frais fixes, souvent importants. Selon les avantages et les services qu’elle offre, la galerie demandera toujours une contrepartie de l’artiste, le plus souvent sous forme de commission sur les ventes.

Or, comme la commission dépend justement des ventes, les revenus de la galerie, contrairement aux frais, sont loin d’être fixes et ne sont garantis d’aucune façon. Les galeries qui tirent le mieux leur épingle du jeu sont donc celles qui réussissent à vendre suffisamment pour payer les redevances aux artistes et couvrir leurs frais tout en dégageant un surplus. Principe économique élémentaire: réduire les dépenses et augmenter les ventes. Certaines galeries seront donc frileuses à accepter des artistes dont les ventes sont loin d’être garanties. En contexte économique difficile, certains se contenteront de valeurs sûres sur le marché. D’autres plus passionnés par leur rôle de diffuseurs offriront un mélange de valeurs sûres et de choix plus audacieux.  Dans tous les cas, c’est l’habileté à faire de bon choix et à les communiquer à sa clientèle qui sera garant du succès de la galerie. Le galeriste doit connaître le travail des artistes qu’il représente, le marché dans lequel il oeuvre et les goûts particuliers de sa clientèle. Il doit bien sûr être un médiateur de talent et transmettre son savoir et son goût de l’art à ses visiteurs. Il manoeuvre habilement dans un contexte où ses frais sont fixes et où les ventes dépendent de critères autant économiques qu’émotifs et sur lesquels il a peu de contrôle. N’est pas un bon galeriste qui veut et il y a malheureusement beaucoup trop d’amateurs sur le marché. Tout comme plusieurs s’imaginent qu’il est facile de s’improviser artiste, plusieurs pensent qu’il est aisé de vendre de l’art. Or, on ne vend pas de l’art comme on vend des chaussures….

Ce que je trouve inquiétant, c’est lorsque la galerie n’assume plus le risque inhérent à cette pratique particulière et transfère une partie de plus en plus importante de son risque financier à l’artiste. Est-ce que le galeriste le fait par facilité, par ignorance, par manque d’imagination ou de talent, par appât du gain ou parce que le marché ne lui laisse pas le choix? À vous d’en juger.

Il y a deux façons de transférer le risque financier à l’artiste: soit par l’application d’une commission de vente de plus en plus élevée, soit par le transfert de frais fixes à la charge de l’artiste (frais de promotion, frais de vernissage, etc) en surplus de la commission de vente.

Si vous considérez la démarche de votre galeriste légitime, les questions à vous poser, puisque vous achetez un service, sont:

  1. Est-ce que j’en ai pour mon argent? Est-ce que le prix demandé est compétitif? Est-ce que le service offert par la galerie justifie la somme qu’on me demande?
  2. Est-ce que j’en ai les moyens? Ne sachant pas d’avance le montant de mes revenus, est-ce que je peux absorber ces frais ou non?
  3. Est-ce que l’entente et le risque qu’on me demande de prendre en valent toujours le coût? Existe-t-il des alternatives à ma disposition?

Tout comme la galerie, l’artiste doit voir à un certain équilibre entre ses coûts et ses revenus et comme nous le voyons, il absorbe de plus en plus l’instabilité des revenus de vente. Dans certains cas, et je parle surtout des expositions temporaires, louer un local et même réserver les services d’un professionnel pour l’organisation de votre vernissage et votre mise en marché vous coûtera moins cher que ce que vous demande ces galeries nouveau genre.

Vous comprendrez que je ne suis pas d’emblée en faveur de ce nouveau « partage » des coûts dont il est question ici. Traditionnellement, les artistes se sont tournés vers les galeries justement pour leur capacité financière à assumer le risque des ventes incertaines et pour leur talent et les moyens à leur disposition pour diffuser et mettre en marché leur travail. Un bon galeriste croit en votre travail suffisamment pour y contribuer en prenant ce risque et en travaillant avec vous. Il sait qu’en agissant ainsi, votre succès sera le sien. C’est la relation que je vous souhaite.